13 août 2026

De la vie intérieure

J’ai une vie intérieure. Une grande, une infinie vie secrète et intérieure et parfaitement à moi. […] Je peux vivre n’importe quoi et quand même me prendre un moment pour moi et me promener dans mon monde du dedans. J’essaie de dissimuler mon intelligence de peur de provoquer la colère de gens plus puissants qui pourraient s’en offenser. […] J’ai une très grande capacité de dissociation. Je peux me concentrer des heures sur quelque chose et ne pas perdre la concentration, quel que soit le contexte, le bruit autour de moi, les gens qui entourent. Je peux réfléchir soigneusement à un problème de traduction dans une soirée électro. […] J’ai une forte tolérance à la douleur. […] Je suis à la fois attirée et repoussée par ce qui est subversif. […] Je suis viscéralement incapable de croire en quoi que ce soit de spirituel. Je n’ai pas la foi. […] La phrase de Nietzsche à propos de l’art qui est la seule chose qui donne du sens à la vie me semble très juste ; elle révèle aussi qu’en dehors de l’art rien n’a de sens, tout est parfaitement cruel et absurde. J’ai grandi dans le mensonge. Ce mensonge me constitue. Il est même lié à la découverte de mon identité […] C’est-à-dire que j’ai découvert mon identité dans le même mouvement où la dissimulation s’imposait à moi.
Neige Sinno, Triste tigre, pages 177/178.

Aucun commentaire: