15 sept. 2026

Du passé

En me penchant sur mon passé, je compris pour la première fois que ce qui nous entraîne au loin - quel qu'il soit - et nous apporte beaucoup, nous oblige aussi à laisser beaucoup derrière nous.
Samuel Pisar, Le sang de l'espoir, 3ème partie Le chaos d'aujourd'hui : O genre humain, né pour t'élever, pourquoi tombes-tu au vent léger ? (Dante), page 250.

13 sept. 2026

De la littérature et des mystères de l'âme humaine

J'avais trouvé dans la bibliothèque de Nachman une histoire de la littérature mondiale, que j'avais lue en totalité, et annotée. Ensuite, méthodiquement, j'avais sélectionné les ouvrages anglais, russes, allemands, français, qui me paraissaient les plus importants. Ce fut une métamorphose. Retranché de la vie, je continuais pourtant d'en éprouver tous les sentiments exacerbés eoncore par l'immobilité et les médicaments. J'étais envoûté par Anna Karenine, fasciné par le jeune Werther, amoureux de la Sanseverina, fraternel avec Julien Sorel et, par-dessus tout, profondément heurté par le "être ou ne pas être" de Hamlet. Je ne sais pas si j'étais plus choqué par Mme Bovary, que par les moeurs de son temps, contre lesquelles elles se débattait.
Jusque-là, ma conception de l'existence avait été essentiellement concrète : comment accroître mon aptitude à faire mon chemin dans le monde. Les horizons infinis, qu'ouvraient pour moi les analystes les plus subtils de la psychologie humaine, modifièrent mon optique. La réussite ne signifiait pas nécesserement le bonheur ; un échec ne condamnait pas au désespoir. Tout était plus nuancé, voire paradoxal. Les mystères de l'âme humaine, les pièges et les splendeurs de la vie...
Mon Dieu, malgré tout ce que j'avais vécu, je ne savais toujours pas ce dont la vie était faite. Les écrivains m'exposaient tous les ressorts, sans rien d'autre que leur plume.
Samuel Pisar, Le sang de l'espoir, 2ème partie La rédemption : la souffrance imméritée est redemptrice (Martin Luther-King), page 141.

10 sept. 2026

De la souffrance

[...] C'est la malédiction des gens qui ont surmonté des épreuves anormales que de devoir ensuite se concentrer trop exclusivement sur leur tâche, quelle qu'elle soit, même quand les obstacles sont levés depuis longtemps.
Samuel Pisar, Le sang de l'espoir, 2ème partie La rédemption : la souffrance imméritée est redemptrice (Martin Luther-King), page 137.

27 août 2026

16 août 2026

De la féminité (2)

C'est parce que la féminité est construite autour de l'idée que les femmes doivent répondre à tous les besoins des hommes et les soutenir.
Manon Garcia, Vivre avec les hommes, Réflexions sur le procès Pélicot, page 170.

15 août 2026

De l'érotisme masculin et de l'objectification sexuelle de la femme : sujet > verbe > objet

Est-ce que [ce] simple choix de mots ne reproduit pas, encore, ce qui est au coeur de l'érotisme masculin et que MacKinnon décrit ainsi : "Man fucks woman. Subject verb object". L'homme baise la femme, sujet verbe objet, pour montrer comment le langage même reproduit cette objectification sexuelle de la femme dans le sexe mainstream ?
Manon Garcia, Vivre avec les hommes, Réflexions sur le procès Pélicot, page 142.

De la banalité du mal (2) et de la pauvreté intellectuelle

Ce qui est frappant, c'est, tout comme ce que décrivait Arendt, la récurrence des clichés, d'une certaine pauvreté de vocabulaire et d'une pauvreté de la réflexion morale.
Manon Garcia, Vivre avec les hommes, Réflexions sur le procès Pélicot, page 61.

14 août 2026

Hit The Road (Panah Panahi, 2021)

De la vie comme deuil

On passe tous par là. Je veux dire, toute notre vie, on perd des gens autour de nous. Des fois, on les perd juste de vue et ds fois, on les perd tout court. Ouais vie est une suite [...] de deuils. Toute sorte de deuils : de notre innoncence, d'endroits qu'on doit qitter, de certains rêves, certains espoirs. Parce qu'il ne faut pas seulement renoncer à ce qu'on a perdu, il faut aussi apprendre à renoncer à ce qu'on n'aura jamais.
Manchette/Niemiec, America(s), pages 285/286.

13 août 2026

De la vie intérieure

J’ai une vie intérieure. Une grande, une infinie vie secrète et intérieure et parfaitement à moi. […] Je peux vivre n’importe quoi et quand même me prendre un moment pour moi et me promener dans mon monde du dedans. J’essaie de dissimuler mon intelligence de peur de provoquer la colère de gens plus puissants qui pourraient s’en offenser. […] J’ai une très grande capacité de dissociation. Je peux me concentrer des heures sur quelque chose et ne pas perdre la concentration, quel que soit le contexte, le bruit autour de moi, les gens qui entourent. Je peux réfléchir soigneusement à un problème de traduction dans une soirée électro. […] J’ai une forte tolérance à la douleur. […] Je suis à la fois attirée et repoussée par ce qui est subversif. […] Je suis viscéralement incapable de croire en quoi que ce soit de spirituel. Je n’ai pas la foi. […] La phrase de Nietzsche à propos de l’art qui est la seule chose qui donne du sens à la vie me semble très juste ; elle révèle aussi qu’en dehors de l’art rien n’a de sens, tout est parfaitement cruel et absurde. J’ai grandi dans le mensonge. Ce mensonge me constitue. Il est même lié à la découverte de mon identité […] C’est-à-dire que j’ai découvert mon identité dans le même mouvement où la dissimulation s’imposait à moi.
Neige Sinno, Triste tigre, pages 177/178.

De la face cachée de la lune et de l'éclairage des choses

La face cachée de la lune est une abstraction. On a beau nous dire qu’elle existe, et nous expliquer de manière rationnelle qu’elle existe, cela reste difficile à croire. […] Comme on ne peut jamais la regarder, on pense que la face cachée est toujours dans l’obscurité. Or […] les rayons solaires atteignent l’autre face de la même manière. Elle est éclairée aussi. Nous dit qu’elle est très différente de ce qu’on voit depuis la Terre. La face visible est plane, composée de roches plates, lisses. L’invisible est pleine de cratères, de volumes tourmentés. Pourtant, elle reste obscure pour la plupart des gens. L’obscurité n’est pas une question d’éclairage. L’explication ne suffit pas. Le discours ne suffit pas. Tant qu’on ne l’aura pas vue, on n’arrivera pas à y croire.
Neige Sinno, Triste tigre, pages 38/39.

3 août 2026

De la solitude du mendiant et de celle de l'empereur

Un mot, deux états de conscience opposés : il y a la solitude du mendiant et il y a celle de l’Empereur.
La première est un état de manque et de vide, d'isolement à soi-même, de dépendance à tout ce qui peut combler ce sentiment de manque. La seconde est un état de plénitude et de satisfaction d’être ce que l'on est, sans besoin d’autre chose. Ces deux états se situent sur deux plans différents: le premier est un sentiment d’ordre psychologique, le second est existentiel. Le premier est à la périphérie de l'êtres, le second en est le centre.

29 juil. 2026

De l'obstacle

Patrick Weber/Renaud Pennell, Sagarmatha, dernière page.

16 juil. 2026

De la coercition et du totalitarisme

[…] la fabrication des ces idéologies « émancipées de toute méthode de démonstration », « affranchies de toute expérience », fondées sur la « tyrannie de la logique » et du « calcul », à laquelle rien ne résiste et dont le produit est une cohérence qui n’existe nulle part dans la réalité. […] Les masses faites d’individus atomisés y adhèrent, ayant perdu leur « sens commun » en raison de la destruction de l’espace politique, et sous la pression des manipulations auxquelles les soumettent les régimes totalitaires […] et [les organisations qui] encadrent la population à tous les niveaux de la vie, l’éventualité même d’une persuasion étant enrayant d’emblée par la contrainte et la coercition. […] la destruction de l’espace psychique des humains soumis aus régimes totalitaires / à preuve, lorsque les mouvements perdent le pouvoir, leurs membres anciennement fanatiques cessent de croire au dogme pour se lancer en quête d’une nouvelle fiction prometteuse.
Julia Kristeva, Le génie féminin, 1. Hannah Arendt, page 224.

15 juil. 2026

De l'universalisme et de l'antisémitisme

Plus subtilement, cependant, c’est dans la sécularisation et dans l’universalisme des droits de l’homme qu’Arendt dénonce la source cachée, si ce n’est la responsabilité française majeure, à laquelle remonte l’antisémitisme moderne. Tout en reconnaissant le « complexité des droites de l’Homme », elle développe la critique énoncée en son temps par Edmund Burke : sous prétexte d’universalité, l’idéologie des droits de l’homme serait un paradoxe, puisqu’elle réduirait la « personne » à un « être humain en général », « sans profession, sans citoyenneté, sans opinions ». Ainsi, cette idéologie priverait la personne de sa communauté politique qui est le seul « monde commun » dans lequel elle pourrait s’exprimer et intervenir, et, de ce fait, lui enlèverait toute signification : ce qui aboutirait à lui ôter tous ses droits. Les différences et les hiérarchies religieuses et politiques, historiquement constituées, sont abolies par l’universalisme qui, par là-même, ouvre la voie à un univers fait de différences naturelles, dans lequel ne peuvent régner que les données brutes de la sphère privée (différences d’intelligence, de couleur, etc.), et non pas les liens de justice tissés avec le temps, dans « l’espace d’apparence ». S’il n’existe que l’espèce animale Homme, elle ne comporte pas d’individus politiquement constitués, mais des spécimens naturels comme Nègres, Juifs, etc.
Julia Kristeva, Le génie féminin, 1. Hannah Arendt, page 199-200.

10 juil. 2026

Du non-homme et de la non-femme, de la banailté du mal (1), de la pseudo-féminité (1)

« Donner des ordres ne sied pas à une femme ; et c’est pourquoi elle doit s’efforcer d’éviter de telles situations si toutefois elle tient à conserver ses qualités féminines. […] Le problème lui-même n’a joué pour moi personnellement aucun rôle », déclare-t-elle à ceux qui persistent à vouloir qu’elle s’exprime sur la lutte pour l’émancipation des femmes.
Toutefois, il ne s’agit plus pour elle, de donner des ordres que de les accepter. En effet, la docilité passive, que d’aucuns qualifieront de « féminine », caractérise chez Eichmann, au procès de Jérusalem, cette absence de pensée dont l’autre nom est la « banalité du mal ». Serait-ce cette pseudo-féminité acceptatrice qu’Arendt décèle chez le nazi quand elle constate que, sans être tout à fait inintelligent, il est banalement et ridiculement dépourvu de pensée ? qu’il n’a pas donné lui-même les ordres abjects, mais s’est contenté de s’y soumettre et de les transmettre ? Est-ce que Eichmann serait une espèce de non-homme, une sorte de fausse-femme : un clown ? « J’ai lu son interrogatoire de police, soit 3600 pages, et de très près, et je ne saurais dire combien de fois j’ai ri, ri aux éclats ! […] J’aurais probablement encore ri trois minutes avant ma propre mort. »
Julia Kristeva, Le génie féminin, 1. Hannah Arendt, page 55.

7 juil. 2026

Du renard de Heidegger et des pièges

Il était une fois un renard si peu rusé qu’il tombait sans cesse dans des pièges. Il était en plus incapable de distinguer ce qui était un piège de ce qui ne l’était pas. […] Il se construisit un piège en guise de tanière, s’installa dedans et fit comme s’il s’agissait d’un piège ordinaire (non par ruse, mais parce qu’il avait toujours pris les pièges des autres pour leur terrier). Toutefois, il décida de devenir rusé à sa manière et d'habiter le piège qu’il avait fabriquait lui-même et qui ne convenait qu’à lui seul de façon à en faire un piège pour d’autres. Voilà qui témoignait encore une fois d’une grande méconnaissance en matière de pièges : personne ne pouvait vraiment entrer dans son piège puisqu’il y était déjà […]. Alors, notre renard eu l’idée de décorer son piège de la manière la plus splendide qui soit et d’accrocher partout des signes qui disaient clairement : « Venez tous voir le piège qui est ici, le plus beau piège du monde. » […] Si on voulait aller le voir chez lui, on était obligé d’entrer dans son piège. Tout le monde pouvait ressortir, sauf lui. Mais le renard qui logeait dans son piège disait fièrement : « Il y a tant de gens mon piège que je suis devenu le meilleur de tous les renards. » Et cette remarque contenait un part de vérité. Personne ne connaît aussi bien les pièges que celui qui reste dedans toute sa vie.
Julia Kristeva, Le génie féminin, 1. Hannah Arendt, page 45. [Doc. A5, août/septembre 1953, Dektagbuch, cahier XVII in Hannah Arendt, Martin Heidegger, Briefe, pages 382-383.]

14 mai 2026

K2 : Chasing Shadows (Hugo Clouzeau & David Arnaud, 2025)

Pendant des décennies, la croyance dominante en alpinisme est que l'être humain ne peut survivre au-delà de 8 000 mètres sans oxygène supplémentaire. L'idée est réfutée en 1970, lorsque Reinhold Messner gravit pour la première fois l'Everest sans oxygène en bouteille. L'exploit entraîne un changement de paradigme, incitant les alpinistes à adopter des approches de plus en plus minimalistes. En 2022, Benjamin Védrines tente de battre le record de vitesse d'ascension du K2, échouant et s'en sortant in extremis grâce au secours d'autres alpinistes. De justesse. Pour réitérer la tentative... et raconter son histoire.
Parti le 28 juillet 2024 du camp de base à 5 350 mètres et atteignant le sommet 8 611 mètres sans oxygène supplémentaire et en redescendant en parapente, Benjamin Védrines établit un nouveau record de vitesse d'ascension du K2 en 2024 : 10 heures, 59 minutes, 59 secondes. Une performance aux confins des limites physiques et mentales.
Quelques heures après la redescente lui parvient un message de détresse de deux alpinistes italiens en perdition : il remonte pour leur porter secours et les sauver.
La conclusion est tout autre : il est plus facile de répondre aux autres qu'à soi-même.

28 avr. 2026

Swissway to Heaven (Guillaume Broust, 2021)

Swissway to Heaven est un documentaire sur l’escalade grande-voie, qui met en valeur la Suisse et fabuleux sites naturels.
Cédric Lachat et ses partenaires d’escalade - Nina Caprez, Tobias Suter, Mélissa Le Nevé, Fabien Dugit - ont filmé durant deux ans leurs efforts pour enchaîner les voies les plus difficiles sur cinq grands murs légendaires de Suisse, mettant en valeur l’histoire, les valeurs et l’évolution de l’escalade en Suisse à travers le témoignage de légendes et pionniers de la discipline tels que Beat Kammerlander, Claude Remy, Stephan Siegrist ou Roger Schaeli.

28 févr. 2026