Affichage des articles dont le libellé est chroniques architecturales. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chroniques architecturales. Afficher tous les articles

9 juin 2014

Détails de Paris (7): Gallerie d'Apollon et Joyaux de la Couronne

Dimanche 8 juin, visite du Louvre pour admirer quelques pièces spécifiques. En déambulant dans les salles, petit détour au 1er étage, entre l'aile Denon et l'aile Sully...
La Galerie d'Apollon est une pièce du palais du Louvre, prototype du classicisme français. Après un incendie dans la petite galerie le 6 février 1661, la salle est reconstruite et restaurée par l'architecte Louis Le Vau, commandité par Colbert. Le chantier démarre en 1661. Entre 1663 et 1677, les décors intérieurs sont mis en place par Charles Le Brun, artiste-peintre, décorateur et premier peintre de Louis XIV. C'est François Girardon, sculpteur, qui se chargera des stucs. Entre 1848 à 1851, la salle est ensuite rehaussée de la peinture de la course d'Apollon par Eugène Delacroix. Il s'agit de la première galerie royale destinée à Louis XIV. Elle servira de modèle à la galerie des Glaces du château de Versailles.
Quelle salle... elle vaut, à elle seule, le détour et justifie une visite au Louvre. Le programme décoratif de la salle est si complexe qu'il est impossible de l'embrasser d'un seul regard. On y retouve les thèmes de la course du soleil (éternel et universel, en référence aux vertus et à l'immortalité de Louis XIV), de la cours dans le temps (iconographie des heures et du zodiaque) et de la course dans l'espace (références à la terre, l'eau et au monde). L'année est également traitée à l'aide de médaillons, tableaux et atlantes. À chaque extrémité de la galerie se trouve un élément : la terre ou l'eau, et au centre, la gloire d'Apollon.
La salle, très marquée par l'illusionnisme, est positivement exubérante : chargée de décorations, de dorures, de références historiques et mythologiques... Le travail de décoration est exceptionnel. Quelle richesse !... c'est extraordinaire.

Plafond de la Gallerie d'Apollon. Cliquer sur le panorama pour agrandir.
C'est dans cette salle que l'on peut admirer les bijoux royaux et impériaux français (ainsi que de la vaisselle d'apparat et tout un tas d'objets tous plus magnifiques les uns que les autres en turquoise, lapis-lazuli, or, argent, jade, pierres précieuse, etc.) Il s'agit d'un ensemble de bijoux de la Monarchie puis de la République française dont l'origine remonte à François Ier. On y voit le fameux Régent (un diamant de 140,64 carats considéré comme le plus beau et le plus pur des diamants), le Sancy, un diamant jaune pâle – le plus beau et le plus gros diamant de Mazarin, le Grand Saphir de Louis XIV ou Ruspoli (bleu transparent et parallélépipédique), le Spinelle dit Côte-de-Bretagne (taillé en forme de dragon et monté sur une décoration de l'ordre de la Toison d'Or, en diamants et pierres de couleur), le Hortensia (un diamant de couleur pêche, d'ailleurs baptisé du nom de la reine de Hollande, Hortense de Beauharnais). Incroyable magnificence...

Couronne du sacre de Louis XV

Couronne de l'Impératrice Eugénie
Pour la petite histoire, les Joyaux de la Couronne seront volés lors du sac de l'hôtel du Garde-Meuble entre les 11 et 16 septembre 1792. 9 000 pierres précieuses, soit l'équivalent de sept tonnes d'or (ce qui représente un demi milliard d'Euro de bijoux, orfèvreries et pierreries) sont dérobés durant cinq nuits par une trentaine de voleurs (quasiment en toute impunité puisqu'ils organisaient des soirées et beuveries avant de quitter les lieux). Les trois quart des gemmes, dont le Sancy et le Régent sont retrouvés, lors du procès de Danton soupçonné d'ailleurs d'être impliqué dans ces vols. Mais les plus grands insignes royaux de chevalerie comme les joyaux de la Toison d'Or ainsi que de nombreux objets (telles l'épée de diamants de Louis XVI) disparaissent définitivement. Ou presque... car si vous allez à Londres admirer les bijoux de Sa Majesty, vous y verrez, entre autre, le Hope qui n'est autre que le fameux Bleu de France, le plus gros diamant bleu jamais découvert à ce jour, ramené des Indes en 1668 par Jean-Baptiste Tavernier et racheté par Louis XIV pour en parer sa toison. Des recherches historiques ont désormais prouvé que ce diamant de la Couronne française est à l’origine du Hope apparu en Angleterre après le vol...

8 juin 2014

Détails de Paris (6): Louvre, Pyramide

Détails de Paris (5): Louvre, Porte des Lions

Le musée du Louvre est le musée le plus visité du monde. Un des secrets les mieux gardés ? Son entrée par la Porte des Lions. Elle se situe sur l'aile Denon, du côté de la Seine. Ouverte à l'origine pour accéder aux départements des Arts africains, asiatiques et de l'Océanie, un escalier vous mène directement aux étages supérieurs du musée. Pendant ce temps, à l'entrée principale, sous la pyramide de la Cour Napoléon...

7 juin 2014

Détails de Paris (4): Pont des Arts

L'emblème du Paris romantique ravagé par une quête d'éternité égocentrique ?
Premier pont métallique de Paris, la passerelle du Pont des Arts faite de sept arches en fonte (neuf à l'origine pour permettre un alignement sur les arches du Pont-Neuf) est désormais recouverte en quasi totalité par des cadenas d'amour. La pratique me rapelle le Deutzer Brücke à Cologne où l'on a vu apparaître ces cadenas pour la première fois. Malheureusement, l'aspect du pont, probablement plus éternel que la plupart de ces amours scellés, est défiguré. L'aspect esthétique qui se dégage est très contestable au vu de l'ensemble architectural que forme le lieu. Cet après-midi-là, il faisait tellement beau que les cadenas brillaient de mille feux. Le reflet du toc doré était si intense qu'il semblait former lui-même le grillage. Visuellement parlant, une expérience dérangeante et regrettable pour un si beau pont...
Il paraît que leur poids aussi est source de polémique, l'accumulation des cadenas fragiliserait les parapets. Parmi les détracteurs de la pratique, certains évaluent le poids total des cadenas à 93 tonnes, et affirment que cette masse serait susceptible de mettre en péril la pérennité de l'ouvrage. Dautres estimations évaluent le poids des cadenas à 40 tonnes au printemps 2014. Les sources les plus fiables, quant à elles, affirment que la structure du pont rend hors de propos l'idée qu' il puisse s'effondrer.
Les cadenas ont plusieurs fois fait l'objet de disparitions inexpliquées. Entre le 10 et le 12 mai 2010, presque tous les cadenas ont été enlevés pendant la nuit, sans que les autorités publiques soient apparemment à l'origine de cette suppression. Alors que les parapets du pont supportaient entre 1600 et 2000 cadenas début mai 2010, il n'en restait plus qu'une quarantaine (les plus épais, infracturables) le 12 mai 2010. La pratique d'accrocher des cadenas a néanmoins rapidement repris. Il arrive régulièrement que des pans entiers des parapets soient cisaillés et retirés au cours de la nuit, laissant le pont sans grillage à certains endroits, temporairement comblés par des planches.

Détails de Paris (2): Stations de métro Art nouveau


Détails de Paris (1): Les Catacombes

Les catacombes de Paris ne sont en fait pas des catacombes à proprement parler, mais un ossuaire et la plus grande nécropole du monde. Elles se situent dans d'anciennes carrières souterraines du 14ème arrondissement de la ville. D'environ 1,7 km de long et situées à 20 mètres sous terre, elles sont officiellement visitables à partir de la place Denfert-Rochereau. La partie ouverte au public ne représente qu'une infime fraction des vastes carrières souterraines de Paris (300 km) qui s'étendent sous la capitale.
À la fin du 18ème siècle, les cimetières de Paris sont tellement emcombrés qu'il faut les vider pour des raisons de salubrité publique. On décide d'utiliser les carrières dont on extrayait de la pierre à bâtir, et de déplacer entre 1785 et 1804 les dépouilles de six millions de Parisiens. Ces galeries souterraines prennent alors le nom de Catacombes, par analogie avec les nécropoles souterraines de la Rome antique, bien qu'elles n'aient quasiment jamais servi de sépulture initiale. Dès les derniers mois de 1785, les transferts d'ossements à partir du cimetière des Innocents commencent. Il paraît qu'un rite religieux était scrupuleusement respecté : des chars funéraires couverts de catafalques noirs se rendaient au crépuscule au puits de service des carrières de la Tombe-Issoire afin d'y déverser leur chargement. Ils étaient précédés de chœurs de religieux portant la lanterne des morts, accompagnés de porteurs de torches et suivis de prêtres chantant l'office des morts. À la fin du parcours, les os étaient précipités dans un puits d'extraction de pierres, toujours visible à hauteur de l'actuel 21, avenue René-Coty.
En 1786, les Catacombes sont bénies et consacrées par les abbés Motret, Maillet et Asseline, ministres de la Religion. Les transferts reprennent de 1842 à 1860, années durant lesquelles pas moins de 800 voitures acheminent les ossements se dirigeant vers l'ossuaire provisoire de Vaugirard, puis vers les Catacombes. Ce sont ainsi 17 cimetières, 145 monastères, couvents et communautés religieuses et 160 lieux de cultes entourés de leur propre cimetière qui alimentent les carrières souterraines. Enfin, plusieurs années après, les grands travaux d'Haussmann fournissent des ossements oubliés, à leur tour transportés vers les Catacombes. Parmi eux, on peut notamment citer tous les grands noms de la Révolution française : Danton, Camille Desmoulins, Lavoisier et Robespierre, Maratt, mille gardes suisses massacrés aux Tuileries en 1792 ainsi que les 1343 personnes guillotinées au Carrousel ou place de la Concorde entre 1792 et 1794, dont Charlotte Corday. Mais aussi : l'Homme au masque de fer, Jean-Baptiste Lully, Rabelais, Charles Perrault, Racine, Blaise Pascal, Saint-Sulpice, Montesquieu. Aucune dépouille n'a pu être identifiée à ce jour.
La fascination romantique pour la mort typique du 19ème siècle commence. Le 16 mai 1814, François Ier, Empereur d'Autriche, résidant en vainqueur à Paris, visite les Catacombes. En 1860, Napoléon III y descend avec son fils. En 1860, Nadar, pionnier de la photographie aérienne, est également le premier à réaliser une série consacrée au Paris souterrain, en particulier aux Catacombes et aux égouts. En 1867, c'est au tour d'Oscar II de Suède, et du chancelier Allemand Bismarck. En mai 1871, les communards en fuite se réfugient dans plusieurs carrières de Paris, dont les Catacombes... où ils y seront massacrés par les troupes versaillaises.

On descend par 130 marches qui donnent accès, 20 mètres plus bas, à quelques salles exposant l'histoire des Catacombes ou expliquant d'autres phénomènes particuliers au site ("La mer à Paris", par exemple). On débouche alors dans la galerie de Port-Mahon qui comporte d'impressionnantes et inattendues sculptures réalisées dans la pierre par un dénommé Décure, dit Beauséjour, vétéran des armées de Louis XV et carrier de 1777 à 1782. Il aurait été un soldat enrôlé en 1756 dans l'armée de Richelieu lors de l'opération de reconquête de Minorque où il aurait été fait prisonnier par les Anglais. Réformé, il entre à l'Inspection des carrières afin de compléter sa modeste solde. Travaillant la journée aux travaux de consolidation sous la direction de Guillaumot, il sculpte après son travail et représente une maquette ainsi que diverses vues du fort de Port-Mahon, la principale ville de l'île de Minorque, aux Baléares, où il était captif. Voulant parfaire son œuvre, il engage la création d'un escalier d'accès depuis le niveau supérieur de la carrière, provoquant ainsi un fontis qui le tuera sur le coup.

Bain de pieds des carriers
Le bain de pieds des carriers est un puits contenant une nappe d'eau limpide, autrefois utilisé par les ouvriers travaillant aux consolidations de l'ossuaire. Ce puits constitue le premier forage géologique réalisé sous Paris.
Avant de pénétrer dans l'ossuaire, un avertissement inscrit en lettres noires sur le linteau accueille le visiteur :
De chaque côté du parcours de la visite, les os forment de longs alignements de 25 mètres de têtes, de fémurs ou de tibias. On voit également des frises constituées de crânes en saillie, des croix, des couronnes, des arcs de cercle et divers autres ornements. Derrière les alignements de tibias et de fémurs, les squelettes sont entremêlés en désordre, sans arrangement. Des plaques gravées indiquent la provenance et l'année du transfert devant les ossements. D'autres portent des citations grandiloquentes, en français ou en latin, rappelant la fragilité et l'éphémérité de la vie face à la mort, éternelle et assurée.











Plus loin, une salle plus vaste est dite la crypte du Sacellum. Il s'agit d'une sorte de chapelle, où fut longtemps célébré l'office des morts. Elle est dotée d'un autel, d'une grande croix blanche et de petits tabourets de pierre.
Dans la crypte de la Passion, on trouve le tonneau. Il s'agit, en fait, d'un pilier de soutènement masqué par un habillage de crânes et de tibias.

C'est ici que le 2 avril 1897, un concert clandestin est organisé dans les Catacombes : une centaine de convives du monde parisien reçoivent un énigmatique billet d'invitation, les conviant à se présenter à onze heures du soir devant l'entrée de l'ossuaire, rue Dareau. Pour plus de discrétion, ils sont priés de ne pas faire arrêter leur voiture à cette adresse. Le billet commence ainsi :
"Monsieur..... est prié d'assister au concert des catacombes,
organisé par MM. Pierres et Jouaneau, à onze heures."
À minuit, un orchestre composé de quarante-cinq musiciens recrutés parmi les artistes de l'Opéra, exécute plusieurs morceaux de circonstance, dont la Marche funèbre de Chopin, la Danse Macabre de Saint-Saëns, la Chorale et marche funèbre des Perses, Aux catacombes, un poème de M. Marlit, récité par son auteur, et enfin la Marche funèbre de la Symphonie Héroïque de Beethoven. Le concert s'achève à deux heures du matin. Des ossements sont dès lors empilés entre les piliers afin que ne se reproduise pas ce type de manifestations.
C'est par une belle galerie voutée...
... et un escalier en colimaçon de 83 marches qu'on regagner la surface, au 36, rue Rémy-Dumoncel.

19 mars 2014

MuCEM (Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée)

Je m'en réjouissais depuis longtemps : le Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM) inauguré le 7 juin 2013 à Marseille et visité début mars. Construit sur le site du fort Saint-Jean et du môle J4 de la Joliette, il surplombe la darse entre ces deux sites et intègre de manière magistrale site antique et architecture moderne. Un peu d'histoire et quelques photos (par un  magnifique dimanche d'hiver, on est à Marseille...).
Cliquer sur les photos pour agrandir.

La butte Saint-Jean
Le fort Saint-Jean est édifié sur une butte naturelle, remaniée au fil des siècles par les hommes. L'occupation du site semble remonter aux origines mêmes de la ville de Marseille, vieilles de 26 siècles : 600 av. J.-C., une colonnie grecque venue de la ville de Phocée en Asie mineure débarque sur la rive et fonde une cité. Ce premier comptoir s'installe au pied de la butte Sain-Laurent et sur la butte Saint-Jean qui constitue une excellente base d'observation et de défense.

La butte Saint-Jean et l'entrée par la Porte Royale...
... en se retournant, la butte et l'église Saint-Laurent vues depuis la passerelle menant au MuCEM.  
La Porte Royale
En 1660, Louis XIV entre dans Marseille. Il a alors entrepris d'assoir son autorité sur l'ensemble du pays. À Marseille, considerée comme particulièrement rebelle, il décide d'édifier à l'entrée du port le fort Saint-Nicolas et de renforcer la défense du fort Saint-Jean. Les deux édifices protégeront et surveilleront la ville tout à la fois. Premier titulaire de la charge de commissaire des fortifications de France, le chevalier de Clerville établit les plans et pose la premiere pierre de l'agrandissement du fort Saint-Jean en 1668. Lorsqu'il meurt en 1671, la construction n'est pas terminée : son successeur, le célèbre Vauban, fera subir au fort encore plusieurs modifications et évolutions. Estimant notamment le fort vulnérable par la butte Saint-Laurent à l'est, il fera creuser un fossé entre le fort et l'église Saint-Laurent et remblayer la partie haute du fort pour le surélever. La Porte Royale, muni d'un pont-levis, permettait un accès direct mais contrôlé à la butte Saint-Laurent. Fermée par la suite, elle est remise en service par le MuCEM grâce à la passerelle Saint-Laurent qui relie l'esplanade de la Tourette au fort Saint-Jean. Une belle remise en usage du site historique.
La passerelle Saint-Laurent passée, on se retrouve dans l'enceinte même du Fort Saint-Jean, dans une cours très dégagée qui permet ensuite d'accéder au MuCEM même, aux remparts, à la Tour du Fanal, aux jardins botaniques. Des espaces de liaison guident le visiteur davantage intéressé par le fort, la mer ou le port vers le parcours spécifique.
A l'intérieur du fort, deux niveaux sont reliés par la montée des canons qui permettait d'acheminer les munitions : la partie basse qui comprend la tour Saint-Jean et la chapelle de la Commanderie transformée en logement pour le commandant du fort. La partie haute comprend la Tour du Fanal, le moulin et plusieurs casernes. Le chemin de ronde permet de faire le tour du fort et de découvrir, depuis les remparts, de multiples points de vue sur la mer et sur le Vieux-Port.

La Tour du Fanal
En 1644, ce sont les armateurs marseillais qui financent la construction d'une seconde tour, érigée sur la butte Saint-Jean, face à la mer. C'est une tour de guêt sur laquelle on allumait des feux de nuit pour diriger les navires. Elle sera en service jusqu'en 1670, date à laquelle elle sera englobée dans les remparts du fort et ne sera plus accessible aux civils.


La Tour du Fanal et, au loin, le Palais du Pharo, construit par Napoléon III pour l'impératrice Eugénie.

Passerelle Saint-Jean et MuCEM
Un second pont de 130 mètres de long, la passerelle Saint-Jean, permet d'accéder au musée.



Points de vue, mer, soleil et minéralité sont les maîtres-mots de l'ensemble. Le musée proprement dit, "bâtiment de pierre, d'eau et de vent" a été réalisé par l'architecte Rudy Ricciotti (associé à Roland Carta). Un carré de Pythagore parfait de 72 mètres de côté pour le MuCEM lui-même, un plan classique, latin. Dans ce carré, un autre de 52 mètres de côté, comprenant les salles d’exposition et de conférence. On y trouve aussi un auditorium de quatre-cents places, une librairie avec de très beaux ouvrages concernant Marseille, la Provence, ses traditions et le voyage de manière générale, le restaurant La Table du fameux chef marseillais Gérald Passédat et un bistrot avec une terrasse enchanteresse au beau point de vue sur la mer. Le MuCEM fait directement face à la Villa Méditerranée, ce bâtiment blanc surplombant un bassin artificiel de 2 000 m3 d'eau. Le carré du MuCEM ressemblerait presque à une casbah ouverte au vent et au soleil...
Au fond, on découvre la Major, la cathédrale néo-byzantine de Marseille, toute de marbre blanc, de pierres vert antique de Florence, d'onyx et de mosaïques de Venise.


Le béton inscrit le musée dans une minéralité qui sied bien à Marseille, écrasée de lumière. Une découpe en dentelle, le dense et le fragile réunis en un même matériau.


Terrasse du bistrot...
... et dentelles de béton :




 
Les deux dernières photos sont tirées du site web du MuCEM.
Au XIXème siècle, le fort conserve sa vocation militaire, mais se voit davantage isolé de la ville : avec le déplacement du port vers la Joliette, un canal est ouvert dans le fossé qui le séparait de la butte Saint-Laurent, et le fort Saint-Jean devient une île en 1853. Ce canale sera comblé en 1937 pour en faire une route.

Les casernements / le village / le bâtiment Georges-Henri Rivière
La partie haute du fort, appelée le village, correspond à des casernements et des logements pour la garnison. La galerie des officiers abritaient des chambres de soldats. La dernière des caserne est le bâtiment Georges-Henri Rivière.
La promenade sur les remparts s'agrémente d'une traversée botanique qui évoque le brassage des cultures et des plantes de la Méditerranée. Une perspective originale sur la migration des peuples par un regard croisé sur celle des plantes et leur usage traditionnel dans les pharmacopées juives, musulmanes et chrétiennes. Quinze unités paysagères alternativement tournées vers la ville, la colline et la mer.



Une promenade botanique inspirée du nom du site : les herbes de la Saint-Jean
Le jour de la nativité de Saint Jean-Baptiste, il était de tradition de récolter les herbes guérisseuses. Celles-ci devaient être cueillies avant le lever du soleil, couvertes de rosée. Au cœur du solstice d'été, les forces de la terre étaient réputées à leur apogée. Les plantes étaient ensuite séchées et conservées toute l'année, montées en bouquêts, en croix ou en couronnes, mises au fronton des portes en porte-bonheurs et dans les serrures pour éloigner les maléfices. Les plantes de la Saint-Jean, aux noms multiples et évocateurs, sont au nombre de sept :
- l'achillée millefeuille, dit herbe au charpentier, herbe aux coupures, herbe aux soldats, herbe des guerriers, herbe de Saint-Josèphe, herbe à dinde, herbe au charpentier, herbe aux cochers, herbe aux militaires, herbe aux coupures, saigne-nez et sourcil de Vénus.
- l'armoise commune ou herbe aux cent goûts, herbe de la Saint-Jean, armoise citronnelle, artémise, herbe royale, herbe de feu, herbe royale, ceinture de Saint-Jean.
- la joubarbe, dite aussi barbe de Jupiter, herbe aux cors, herbe du tonnerre.
- le lierre grimpant ou herbe du bonhomme, courroie de Saint-Jean.
- la marguerite sauvage ou encore herbe de Saint-Jean, œil de bœuf.
- le millepertuis perforé, appelé aussi herbe percée, herbe aux piqûres, chasse-diable, herbe aux fées, herbe aux mille vertus, herbe de Saint-Éloi, herbe de la Saint-Jean, barbe de Saint-Jean, herbe à mille trous, herbe percée, herbe à la brûlure, herbe aux piqûres, herbe du charpentier, trascalan, truchereau, trucheron, trucheron jaune.
- la sauge, dite "toute-bonne".

La Chapelle Saint-Jean et la Commanderie
Durant le haut Moyen-Âge, Marseille souffre de nombreuses agressions et invasions. Les fortifications antiques son renforcées. Une premiere chapelle dédiée à Saint Jean-Baptiste aurait été édifiée à la même époque, au pied de la butte. La construction de la chapelle Saint-Jean n'est attestée qu'au XVIIème siècle. Alors que la situation économique de la ville s'est améliorée, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (devenu ensuite Ordre de Malte) installe sa commanderie au pied de la butte Saint-Jean, à l'emplacement de l'actuelle galerie des Officiers, pour accueillir et armer les croisés avant leur depart en Terre Sainte. Le bâtiment de la commanderie, quant à lui, a disparu lors de la libération de Marseille pendant la Seconde Guerre Mondiale au cours d'une explosion de munitions qui avait fortement endommagé le fort. Une chaîne est tendu depuis la Tour Maubert (emplacement de l'actuelle Tour du Roi René) jusqu'à la rive sud du port pour en interdire l'accès la nuit, et une muraille prolonge la tour pour protéger la passe du port. Cet ensemble est complété en 1365 par le Palais du Commandeur (lui aussi disparu) qui accueillait les hôtes de marque. Seul le chœur de la chapelle est actuellement visitable. Le clocher à peigne de la chapelle a été restauré au XXème siècle par l'Ordre de Malte.


La Tour du Roi René
Le 20 novembre 1423, une flotte aragonaise attaque la ville et la met à sac. La Tour Maubert est détruite, et les assaillants emportent, en guise de trophée, la chaîne qui défendait l'entrée du port, toujours visible aujourd'hui dans la cathédrale de Valence en Espagne. Dès 1452, le Roi René1, qui cherche à redresser la ville, fait construire, en lieu et place de la Tour Maubert, une nouvelle tour qui prendra son nom. Elle est financée en partie par la ville, en partie par les pêcheurs de Saint-Jean. Durant cette période en revanche, les hospitaliers de Saint-Jean se désintéressent progressivement du site, et les bâtiments se détériorent. Les ordres militaires, Templiers et Hospitaliers, apparaissent à Marseille à la fin du XIIème siècle, leur installation étant liée au développement des relations commerciales du port avec l'Orient. Les deux commanderies des ordres sont situées chacune à une extrémité du port de Marseille, celle des Templiers se trouve à l'emplacement de l'actuelle église des Augustins et celle des Hospitaliers à l'entrée du port où se situe le fort Saint-Jean.
La terrasse de la Tour du Roi René est en libre accès. L'escalier se prend au dessus de la toiture de la chapelle. Depuis ce point de vue, on peut admirer la Bonne Mère, le fort Saint-Nicolas et l'entrée du Vieux-Port.
Prendre le temps de voir passer les bateaux...


...et d'admirer le Vieux-Port :


Le Vieux-Port et la jolie petite église des Augustins, commanderie des Templiers.
1 René d'Anjou ou René Ier d'Anjou ou encore René Ier de Naples ou René de Sicile, duc d'Anjou, comte de Provence et de Forcalquier, roi titulaire de Jérusalem, roi titulaire de Sicile et d'Aragon, surnommé par ses sujets provençaux le "Bon Roi René".