Il était une fois un renard si peu rusé qu’il tombait sans cesse dans des pièges. Il était en plus incapable de distinguer ce qui était un piège de ce qui ne l’était pas. […] Il se construisit un piège en guise de tanière, s’installa dedans et fit comme s’il s’agissait d’un piège ordinaire (non par ruse, mais parce qu’il avait toujours pris les pièges des autres pour leur terrier). Toutefois, il décida de devenir rusé à sa manière et d'habiter le piège qu’il avait fabriquait lui-même et qui ne convenait qu’à lui seul de façon à en faire un piège pour d’autres. Voilà qui témoignait encore une fois d’une grande méconnaissance en matière de pièges : personne ne pouvait vraiment entrer dans son piège puisqu’il y était déjà […]. Alors, notre renard eu l’idée de décorer son piège de la manière la plus splendide qui soit et d’accrocher partout des signes qui disaient clairement : « Venez tous voir le piège qui est ici, le plus beau piège du monde. » […] Si on voulait aller le voir chez lui, on était obligé d’entrer dans son piège. Tout le monde pouvait ressortir, sauf lui. Mais le renard qui logeait dans son piège disait fièrement : « Il y a tant de gens mon piège que je suis devenu le meilleur de tous les renards. » Et cette remarque contenait un part de vérité. Personne ne connaît aussi bien les pièges que celui qui reste dedans toute sa vie.
Julia Kristeva, Le génie féminin, 1. Hannah Arendt, page 45. [Doc. A5, août/septembre 1953, Dektagbuch, cahier XVII in Hannah Arendt, Martin Heidegger, Briefe, pages 382-383.]
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