8 avr. 2011

Désert et route des mille kasbahs (1)

Départ pour le grand sud marocain : partir dans le désert, sur la route des mille kasbahs. Une semaine itinérante et nomade, 90 km dans le Sahara, en bivouac, à pied, dans l'espace et le silence.
Embarquement, décollage, attérissage et premières impressions. Arrivée à Ouarzazate le 12 mars à 22h25 heure locale (23h25) via Casablanca, recherche d'un "petit taxi" pour se rendre à l'hôtel : 50 dirhams (5 Eur.) la course, et nous voilà partis, moi et le chauffeur, en pleine nuit, sous la protection de gris-gris bienveillants balottant au rétroviseur :
- On met la ceinture?
- Ah, mais la gazelle! C'est pas la peine! Y'a pas probème, sivouplè.
- Allez...

Descente à l'hôtel La Palmeraie. Petit retardement nocturne : le cadenas de mon sac s'est cassé (lisez : a été forcé, probablement aux passages en soute à l'aéroport de Casa), impossible de l'ouvrir. Va chercher les cisailles à 1 heure du matin, bataille, sivouplè la gazelle. 2h45, couchée.

Réveil matinal en pleine lumière et sous les orangers. Je me suis prévue une excursion supplémentaire seule, sur la route des kasbahs situées à 30 km au nord de Ouarzazate, dont la très fameuse kasbah Aït Ben Haddou, inscrite au patrimoine de l'UNESCO. Petit tour complet avant de rejoindre le groupe dimanche soir et de pousser plus avant dans le désert. Location d'une voiture, et au programme visite des studios Atlas, des kasbahs d'Aït Ben Haddou, de Tifoultout et de Taourirt, balade dans Ouarzazate, le centre artisinal et le souc. Et l'Atlas enneigé en fond...
Décors extérieurs des studios de cinéma Atlas
Aït-Ben-Haddou (en tifinagh ⴰⵉⵜ ⵃⴰⴺⵓ, en arabe آيت بن حدّو) se présente comme un ensemble de bâtiments de terre (pisé) entourés de murailles, le ksar, type d'habitat traditionnel présaharien. Les maisons se regroupent à l'intérieur de ses murs défensifs, renforcés par des tours d'angle. Tout autour du douar et de la rivière est regroupé un ensemble de villages dont les habitants sont pour la plupart des berbères anciennement nomades et sédentarisés depuis. Le ksar d'Aït-Ben-Haddou est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1987.
Tapis Tazarbits et Ouaouzguites
La kasbah de Tilfoutout, située dans la vallée du haut-Atlas près du Oued Draa, est une résidence du pacha El Glaoui et sa tribu, les Seigneurs de l'Atlas, tout comme les kasbahs d'Aït Ben Haddou et de Taourirt. C'est elle, avec Aït Ben Haddou, qui a servi de décor extérieur à de nombreux films des Studios Atlas, comme Gladiator, Les dix commandements, Alexandre le Grand, Kundun, Babel, etc. Construite au 17ème siecle, elle a été rénovée il y a une trentaine d'années.
Thami El Mezouari El Glaoui (1879-1956), en tachelhit (berbère) Thami El Mezouari Aglaou, est l'un des plus célèbres pachas marocains. El Glaoui est nommé pacha de Marrakech par un dahir du sultan Mohamed Ben Youssef. En décembre 1950, il demande au sultan Mohamed V de ne plus suivre le Parti de l'Istiqlal favorable à l'indépendance du Maroc. El Glaoui se montre insolent à l'égard du sultan lors d'une audience et est interdit au Palais royal. En février 1953, El Glaoui réunit une centaine de pachas et deux cent caïds, et fait signer une pétition exigeant le départ du sultan ; seuls deux caïds et un pacha refusent. Le 20 août 1953, Mohamed V, ainsi que le prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), sont arrêtés puis envoyés en exil en Corse et à Madagascar. À leur retour d'exil, El Glaoui se soumet et meurt peu de temps après à Télouet des suites d'un cancer [source : Wikipedia]. On le dit bourreau des rebelles de l’Atlas, collaborateur de la France coloniale, ennemi juré des nationalistes et suppôt du sultan Ben Arafa.

De manière générale, les pachas étaient des gouverneurs de province et des généraux. Au Maroc, le pacha est également un représentant du sultan. Aujourd'hui, c'est un haut fonctionnaire en charge de l'administration d'un district.
Un caïd était un notable qui cumulait autrefois des fonctions administratives, judiciaires, financières et parfois de chef de tribu. Généralement des hommes issus de familles riches, ils achetaient cette fonction. Il était courant d'être le caïd de plusieurs districts en même temps. Le caïd désigne aussi un chef de guerre des musulmans qui a le rang de général et chef de corps d'un régiment.
La Kasbah de Taourirt est édifiée en 1882 par les Glaoui et est l'une des premières grandes architectures berbères, également classée au patrimoine de l'UNESCO : des murs d'un rouge bronzé qui s'élèvent vers le ciel, des tours crénelées dressées aux différents coins de la kasbah. L'architecture de la kasbah ou du ksar est spécifiquement étudiée pour la vie communautaire du pacha et de sa famille : une tour réservée à chaque femme (quatre autorisées par l'islam), le rez-de-chaussée servant de basse-cour et aux serviteurs, le premier étage aux lieux de vie commune tels que la cuisine et la salle à manger, le second étage à la vie commune familiale du pacha et de ses quatre femmes. Le troisième étage est exclusivement destiné au pacha, à sa favorite et à la réception d'invités. Ce sont les plus belles salles, ornées de mosaïques et d'une riche ornementation pittoresque. L'étage comprend généralement un double hammam privé, pour les hommes et pour les femmes (quasiment inaccessible, il a fallu que je rampe pour rentrer. Apparemment, ils se baignaient allongés). Taourirt est le nom du village où a été bâtie la kasbah qui jouxte la médina, fondée au 12ème siècle. Contrairement à Aït-Benhaddou, Taourirt forme une sorte de fortification labyrinthique avec ses ruelles et ses maisons au milieu du village lui-même. La kasbah Taourirt est représentée dans les nouveaux billets de 50 dirhams.

L'alphabet berbère trouve ses fondements dans l'alphabet latin. Il utilise 23 lettres standards et 9 lettres supplémentaires empruntées à l'alphabet latin. Il est aussi appelé Tamεamerit, du nom de Mouloud Mammeri, le linguiste qui le fixa définitivement en 1973.
Trous d'aération percés dans les rebord intérieurs des fenêtresPlafond en laurier-rose, bois très isolantLes trois L d'Allah

Ouarzazate (région du Souss-Massa-Draâ, province de Ouarzazate), du tamazight War-Zazat (en tifinagh ⵡⴰⵔ ⵣⴰⵣⴰⵝ: "silencieux", en arabe ورزازات) est le chef-lieu de province, également surnommée "la porte du désert". Située à la rencontre des vallées de l'oued Ouarzazate et de l'oued Dadès, elle représente la jonction de cette vaste région du Sud Marocain. Ouarzazate évoque à la fois les contreforts sud du Haut Atlas et la proximité du désert : innombrables kasbahs en pisé, montagnes de l'Atlas et plaines arides, vallées et oasis verdoyantes, palmeraies et villages de terre rouge ou ocre.

En 1928, la puissance coloniale française en fait une ville de garnison. Elle sert de base militaire et aviatique contre la tribu des Ait Attas qui combat les troupes de Henri de Bournazel, l'homme au manteau rouge tué au Maroc en 1933. En 1934, le chef rebelle Assou Oubasslam se rend aux Français pour éviter le massacre des populations retranchées dans les montagnes.
Elle est l'un des sites marocains les plus prisés par les réalisateurs cinématographiques. Outre les paysages exceptionnels, l'un des atouts majeurs de ce lieu est la qualité de la lumière, avec un soleil brillant en moyenne 300 jours par an et donnant une lumière très pure... Lawrence d'Arabie (tourné sur le site d'Aït-Ben-Haddou).

N9 : lundi 14 mars, matin, départ M'hamid Ghizlane, dernière station avant le désert et descente de la vallée du Drâa. La route nationale 9 relie Mohamedia à M'hamid Ghizlane, via Berrechid, Marrakech, Ouarzazate, Ait Saoun, Agdz, Zagora, Tagounite et M'hamid Ghizlane. À M'hamid, la route s'arrête, tout simplement. En route vers le désert, pour 5 jours de vie nomade et 90 km dans le Sahara...

Escale à Zagora
Le drapeau marocain est rouge, orné d'une étoile verte à 5 branches. Il est adopté en 1915 à la demande du général Hubert Lyautey. On retrouve l'étoile à 5 branches sur les armes du Maroc, entre deux lions. La joie de l'âme étant dans l'action, c'est encore à la demande de notre ami Bébert que la musique de l'hymne marocain est composée par le capitaine français, Léo Morgan, chef de musique à la garde chérifienne. Les paroles ne seront écrites qu'en 1969, dans des circonstances pour le moins originales : l'équipe marocaine de football venait de se qualifier à sa première phase finale de Coupe du Monde, qui se déroulait une année plus tard au Mexique. Hassan II décide d'accoler un texte à l'hymne national, histoire de permettre à la bande de Driss Bamous, capitaine de l'époque, d'avoir quelque chose à fredonner durant la traditionnelle présentation des hymnes. Un concours de poésie est organisé à la demande du Palais, en vue de sélectionner les textes les plus expressifs. Plusieurs poètes y participent et c'est finalement le poème ''Manbita al alhrar'' de Moulay Ali Skalli, qui est sélectionné par Hassan II.
Paroles (ar) Transcription Traduction
منبت الأحرار
مشرق الأنوار
منتدى السؤدد وحماه
دمت منتداه وحماه
عشت في الأوطان
للعلى عنوان
ملء كل جنان
ذكرى كل لسان
بالروح
بالجسد
هب فتاك
لبي نداك
في فمي وفي دمي
هواك ثار نور ونار
اخوتي هيا
للعلى سعيا
نشهد الدنيا
أنا هنا نحيا
بشعار
الله الوطن الملك
manbita al ahrar
machriqa al anwar
mountada sou'dadi wa himahh
doumta mountadah wa himah
ichta fi l awtan
liloula ounwan
mil'a koulli janane
dikra koulli lissane
birrouhi
biljassadi
habba fatak
labba nidak
fi fami wa fi dami
hawaka thara nour wa nar
ikhwati ahya
liloula sa'aya
nouch'hidi dounya
anna houna nahya
bichia'ar
Allah, AlWatan, AlMalik
Berceau des hommes libres
Levant des lumières
Terre de souveraineté et terre de paix
Puissent souveraineté et paix y être réunies
Tu as vécu parmi des nations
Tel un titre sublime
Emplissant chaque cœur
Déclamé par chaque langue
Par son âme
Par son corps
Ton champion s'est levé
Et a répondu à ton appel
Et dans ma bouche, et dans mon sang
Ton amour a secoué lumière et braises
Mes frères, allons
Vers ce qu'il y a de plus haut
Nous proclamerons au monde
Que c'est ici que nous vivons
Avec pour étendard
Dieu, la Patrie, et le Roi
Dieu, la Patrie, le Roi, devise du Maroc que l'on retrouve gravée, accompagnée de formules de salutation, à flanc de montagne et de rocher lors de l'ascension du col Beni Smegine...
Une tempête de sable se prépare... qui durera toute l'après-midi et la soirée du premier bivouac.
Mohamed, le guide, et Mohamed, le cuisinier ont fait la route avec nous depuis Ouarzazate. Rencontre à M'hamid avec le reste de l'équipe : les chameliers (Mohamed, Brahim, Barak) et les chameaux. Départ à pied pour cinq jours de randonnée dans le Sahara.
Brahim
En route, achat d'un chèche (شاش) sur le très avisé conseil de Mohamed (tempête de sable qui se préparait plus haut...). Le chèche est un turban d'environ 4 à 8 mètres, porté par les Berbères et Touaregs et qu'ils enroulent sur leur tête pour se protéger du soleil, du vent, de la pluie, du sable, du froid, etc. Le nom vient, comme pour la chéchia, de la ville de Chach en Sogdiane, l'actuelle Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan. D'ailleurs, mon collègue anglais qui a beaucoup d'humour dit toujours en hiver : "Dear, I forgot my sash!" Ce à quoi je lui réponds toujours : "The sash you wear (16th century) and the sash that goes in a window (17th century) are distinct words."*

Anciennement le mot chèche (شاش) désignait une coiffe portée au huitième siècle qui prenait sur le front et se terminait dans le dos. Traditionnellement, les nomades ne quittent jamais leur chèche. Il peut être de différentes couleurs (Barak portait un chèche rayé noir et orange, Mohamed un chèche noir ou blanc, Brahim toujours un noir et Mohamed, le cuisinier, un chèche rayé violet foncé et noir). Je lisais que deux couleurs ont une signification particulière : le blanc est porté en signe de respect, un jour particulier. Le chèche indigo, fait à partir de lin, est porté les jours de fête et les jours de froid car il est plus chaud que le chèche en coton. Sa teinture à base d'indigo tend à déteindre sur la peau, donnant au Targui le surnom d'homme bleu. En langue tamasheq et selon les tribus, il prend aussi parfois le nom de taguelmoust ou de litham.
Il paraît que le chèche fut également adopté par certaines unités de l'armée française en poste au Sahara (compagnies méharistes sahariennes) ou dans d'autres zones désertiques et dans les zones à température élevée. Effectivement (site du Ministère de la Défense et des Anciens Combattants).

* Strip of cloth. 1590s. "strip of cloth twisted into a turban worn about the waist or over the shoulder," from Arabic shash "muslin cloth. First recorded 1680s. "All of them wear on their heads white shashes and turbans, the badge of their religion", George Sandys, Travels 1615. La forme altérée du mot "sash" apparaît à peu près à la même période : "sash" (window-frame) est un emprunt du terme français "chassis" considéré phonétiquement comme un pluriel ("shashes") et qui a donné naissance à postériori à la forme singulière "sash".
Premier bivouac
Vue panoramique à 6 heures du matin
Le tamaris (tamarix, famille des tamaricacées) est un arbuste des régions méditerranéennes, où il peut être spontané ou cultivé. On en connaît diverses espèces, la plupart ayant des fleurs printanières (mars-avril) formant de nombreux chatons de couleur rose ou blanchâtre. Les feuilles sont très petites, alternes et écailleuses. Le fruit est une petite capsule triangulaire.

La manne de l'Ancien Testament proviendrait du tamaris par suite de la piqûre de la cochenille trabutina mannipara. Elle tombait du ciel tous les jours, sauf le jour du sabbat. La veille du sabbat, il en tombait deux fois plus. Selon l'Exode (Ex 16:2) :

[...] toute la communauté des Israélites se mit à murmurer contre Moïse et Aaron dans le désert. Les Hébreux murmuraient contre Moïse, parce qu'ils mouraient de faim ; sur le soir, il leur tomba des cailles du ciel ; le matin suivant, il se répandit un brouillard ou une rosée ; lorsqu'elle fut évanouie, elle laissa sur les arbustes du désert de petites concrétions analogues au givre ; Les enfants d’Israël regardèrent et ils se dirent l’un à l’autre : "Qu’est-ce que cela ?" car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : "C’est le pain que L’Éternel vous donne pour nourriture". La maison d'Israël donna à cette nourriture le nom de "manne" [...] Les enfants d’Israël mangèrent la manne pendant quarante ans, jusqu’à leur arrivée dans un pays habité ; ils mangèrent la manne jusqu’à leur arrivée aux frontières du pays de Canaan.
Mohamed (cuisinier)Barak et BrahimDeuxième bivouac, à la belle étoile pour moiMarabout de Sidi Naji
En Afrique subsaharienne, les marabouts sont des saints locaux dont le tombeau est l'objet d'un culte populaire. C'est aussi le nom donné au tombeau lui-même. Le maraboutisme rappelle, à la fois dans ses croyances et ses pratiques, le chamanisme d'autres régions du globe. Les marabouts rétablissent la santé ou l'ordre social à l'aide de talismans. Ils conseillent et possèdent des pouvoirs curateurs. Chaque tribu a son marabout et son mausolée où est enterré un ancêtre considéré comme un saint. Ces sanctuaires sont quelquefois situés en plein désert comme le marabout de Sidi Naji pour la tribu des Nouaji. Des rassemblements y sont oraganisés annuellement et donnent lieu à de grandes fêtes au cours desquelles sont parfois égorgés des dromadaires.

"Ô désert, infini désert, toi dont le vent nettoie les âmes, toi dont le charme envoûte les hommes ; rappelles-toi le temps où nous étions libres, souviens-toi de ces fleuves qui en toi dessinaient les méandres de nos vies ; ô désert, infini désert, contes-nous l'histoire de Sidi Naji…"


La légende raconte que... dans l'immensité du Sahara séjournait un homme sage, entouré de gazelles. Il s'appelait Naji. Recouvert de peaux de bêtes et les cheveux touchant le sol, il vivait avec ces créatures depuis si longtemps qu'on le confondait parfois avec elles. Sidi Naji connaissait le monde de l'invisible et l'on raconte qu'il pouvait y pénétrer pour disparaître de la vue des autres hommes. Un jour où des hommes de la tribu de chorfas* marchaient à travers les dunes à la recherche de gazelles, ils trouvèrent Sidi Naji. Quand ils virent la quiétude des animaux, ils comprirent qu’'l avaient affaire à un initié de Dieu et de sa création. Ils décidèrent de le capturer. Mais Sidi Naji était agile comme la gazelle, vif comme le vent, déterminé comme le feu, libre comme le sable. Les hommes trouvèrent une branche d’acacias aux nombreuses et puissantes épines. En enchevêtrant la branche dans la longue chevelure de Sidi Naji, ils parvinrent à le capturer. Les hommes ramenèrent Sidi Naji dans leur village. Durant quarante jours ils lui apprirent à lire, à écrire et l'initièrent au Saint Coran et lui offrirent en mariage une femme de leur tribu. De cette union naquirent quatre fils. Un jour, Sidi Naji se délivra des chaînes de la vie sédentaire pour retrouver la liberté du désert. Il reprit sa vie de nomade et, tout au long de son chemin, apporta sa bénédiction à tous les nécessiteux, apaisa les conflits. Le saint Sidi Naji avait en lui autant de dévotion que le désert compte de grains de sable.

"Celui qui chaque jour de sa vie se lèvera tôt pour méditer et qui ne s’endormira jamais sans s'être adressé à Dieu, s'élèvera et apprendra ce qu'est la vérité, tel le saint Sidi Naji…"
* descendants du Prophète

Troisième bivouac et grandes dunes, à nouveau à la belle étoileMohamed (chamelier)BrahimMohamed (guide)Les trois MohamedMohamed (chamelier) et Mohamed (cuisinier)MiragesRencontre avec un berger berbère nomadeasperge sauvage (Asparagus acutifolius)
L'asperge sauvage (asparagus acutifolius) est une plante de la famille des asparagacae, ligneuse et buissonnante pouvant dépasser un mètre de hauteur. Les feuilles sont des petits rameaux transformés en cladodes piquants groupés par 5-10 en étoile. Les fleurs sont jaune-verdâtres, dioïques, à pédoncules courts. Les fruits sont des baies de couleur noire, de la taille d’un petit pois. Elle pousse dans les régions sablonneuses partout au Maroc, sauf en montagne. Cette espèce est aussi présente dans les garrigues, sur le bord des chemins herbeux, dans les régions méditerranéennes d'Europe et d'Afrique. En France, j'ai déjà eu l'occasion de la voir en Provence, en Midi-Pyrénées et en Aquitaine. La période de floraison s’étale d’août à octobre. Sur la photo, la pante est desséchée. Au Maroc, on appelle la plante sekkûm azdou azwi. Mohamed racontait qu'ils mangeaient le racines et les jeunes pousses. La plante est dépurative et diurétique. Petite recette maison: boire en 2 jours une décoction de racine d'asperge faite de 50 g de racine pour 1 litre d'eau bouillie. Faire passer 10mn.
En me penchant sur la question des plantes du Maroc, on trouve des plantes forestières et alimentaires de grandes cultures et spontanées, des plantes condimentaires (estragon, persil, cerfeuil, ciboulette, ail), des plantes destinées aux tisanes et infusions (fenouil, anis vert, badiane, gentiane jaune, absinthe, génépi, myrtille, millepertuis, camomille, sauge, fleur d'oranger), des épices, des fleurs odorantes telles que rose de mai, violette, lavande, jasmin, lavandin, mimosa, basilic, hysope, thym, romarin, marjolaine, coriandre, sarriette, origan), des plantes médicinales (pavot, ergot, etc.). Apparemment, l'approvisionnement en plantes médicinales fait pour 98,4% auprès l‘attars’ ("épicier" sivouplè), de l'attara (parfumeur), de l‘achab’ (herboristes, 17,7%) ou du pharmacien.

Avec 4000 espèces recensées dont seulement 280 sont exploitées, le Maroc présente une tradition médicinale et cosmétique dont la part belle est faite à la phytothérapie et la médecine alternative. Les traditions médicales s’inspirent principalement de la médecine arabe classique et de l’expérience des anciens ayant découvert les vertus de ces plantes empiriquement. Les plantes sont utilisées fraîches ou séchées, et peuvent être mixées dans des préparations diverses comme les tisanes, les compresses ou les baumes.
Je me suis procurée entre autre des cristaux à mélanger dans une boisson chaude et du gingembre.

Semchel: poisson de sable
Scincus scincus est un reptile appelé aussi poisson de sable. On appelle ce scinque plus familièrement poisson de sable, mais également scinque officinal, "semchel". On trouve ce scincidé solitaire et diurne dans les grandes zones sableuses très vives du Sahara occidental. Il est appelé "poisson de désert" pour son habilité à se déplacer très rapidement sur le sable, comme s'il nageait. Il se sert assez peu de ses courtes pattes, mais ondule son corps pour glisser à la surface du sable.
En cas de danger il peut littéralement plonger dans le sable, ses yeux, oreilles étant protégés par des écailles. D'une taille moyenne entre 18 et 25cm, il ne creuse pas de terrier, mais s'enfouit dans le sable entre 10 et 40 cm de profondeur afin de se protéger de la chaleur du désert.
Sa nourriture se compose d'insectes (sauterelles, coléoptères, arachnides), de lézards et de plantes. Il repère ses proies par les vibrations qu'elles génèrent en se déplaçant. La femelle est ovipare.

Traces de gerboise, petit tongeur sauteur aux grandes pattes postérieures et à la queue très longue.
Une certaine gerboise est d'ailleurs plus connue que d'autres...
Quatrième bivouacOeufs de vipère à cornes
La vipère à cornes (Cerastes cerastes) est une espèce de serpent venimeux ovivipares de la famille des vipères vivant dans les déserts d'Afrique du nord et du Moyen-Orient. Elle chasse à l'affût, généralement cachée sous le sable. Cette vipère doit son nom aux deux écailles dressées sur sa tête qui forment des petites cornes. Elle peut atteindre 80 cm de long et vivre jusqu'à 10 ans. Elle se nourrit de petits rongeurs et de lézards. Quand elle se déplace, elle provoque un petit crissement dû à ses plaques dorsales aérodynamiques, une particularité qui lui permet de se mouvoir à reculons. Il existe différents modes de reptation, la vipère à cornes utilise le déroulement latéral ou "side-winding". La vipeères procède par une succession de "pas" sur le côté. Si l'on observe les traces d'une vipère à cornes sur le sable, le tracé apparaît discontinu. Sa robe imite parfaitement les nuances du sable, le mimétisme va jusqu'à la couleur de ses iris. Cette vipère meurt si la température dépasse 44°C, ce qui est le cas au Sahara. Pour survivre pendant les périodes chaudes, elle s’enfouit dans le sable, ce qui lui permet de maintenir sa température interne à 34°C. Elle ne laisse alors dépasser que ses yeux. Un dromadaire succombe en quelques minutes sous sa morsure.
Cinquième bivouac, à l'orée de la palmeraie de M'hamidArrivée et retour au village de M'hamid
Des recettes ancestrales berbères, simples et rustiques, à base de blé concassé, de semoule, de plantes aromatiques et d'épices, la cuisine marocaine s'est enrichie au fil des siècles des traditions culinaires de diverses origines aux influence arabes, juives et chrétiennes. Les mets associent le sucré au salé, le doux à l'aigre : tajines aux pruneaux, aux citrons et aux olives, kefta, couscous, brochettes, méchouis. Cette cuisine aux mille saveurs doit beaucoup à l'art d'utiliser et d'associer les épices et les aromates qui font l'objet d'un marché spécifique, le souk aux épices. Bismillah...
Retour en bus par la N9 Dernière nuit, pleine lune dans le désert et à Ouarzazate...Départ de Ouarzazate, dimanche 20 mars. L'aéroport aux aurores... ma mâchoire de dromadaire ramenée du désert et scannée à l'aéroport de Casablanca. Selon, le douanier qui riait à gorge déployée, "ça apporte la pluie, la gazelle"...

9 mars 2011

Camus, Noces: Quand l'homme épouse la vie

Noces (n. f.)
Du latin vulgaire noptiae, forme altérée du classique nuptiae ("mariage, noces, commerce charnel, accouplement"), lui-même dérivé de nupta, participe passé féminin de nubere ("voiler"), la tradition romaine voulant que la femme prenne le voile pour se marier. → cf. dérivés nubile et nuptial. Nubes, "nuage" en latin est apparenté à cette racine indo-européenne et a donné nubilare et obnubilare ("couvrir d’un nuage, d’un voile"), puis obnubiler. Le passage de nuptiae à noptiae se fait sous l'influence de novius, "nouveau marié" en latin vulgaire (de novus, "nouveau").

Au sens de célébration d'un mariage, les noces ne se disent qu'au pluriel. La noce désigne aussi le festin, la danse et les autres réjouissances qui accompagnent le mariage. Dans cette acception, il s'employait autrefois au pluriel ("les noces de Cana"). Il désigne encore toute l'assemblée qui s'est trouvée à la noce.

Albert Camus écrit Noces en 1938. Cette œuvre contient déjà les thèmes majeurs de son œuvre : le soleil, la solitude, l’absurde destin des hommes. Quatre récits lyriques exaltant la nature, et livrant ses impressions et pensées sur la condition humaine et la recherche du bonheur.

Noces à Tipasa (petit port algérien) célèbre les noces de l’homme avec le soleil dans lequel l'homme trouve la joie de vivre. Le vent à Djémila (ruines romaines dans le désert), essai plus sombre que le précédent, reprend le thème du soleil, mais le "grand silence lourd" et le vent dominent ; le corps se dessèche, se pétrifie. L'homme épouse la pesanteur, l'arrêt.
L’été à Alger décrit la vie des habitants d’Alger ; la mer au tournant de chaque rue, le soleil pesant, la race belle. La vie s'allie à la plénitude et la beauté immédiate. Le désert relate le voyage de Camus à Florence : évocation de paysages, de peintures, coexistence de la beauté et de la mort (cf. La mort à Venise), dernières réflexions sur l’homme et le bonheur avec en guide de conclusion: Mais qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ?

Le soleil décline

1

Tu n’as pas longtemps à souffrir de la soif,
Ô cœur consumé!
Il passe des promesses dans l’air,
Et de lèvres inconnues le souffre m’effleure,
Voici que vient la grande fraîcheur…

À midi, comme il me brûlait, mon soleil!
Soyez les bienvenus, vous qui venez,
Ô vents soudains,
Frais esprits des après-midi!

Étrange et pur, passe l’air,
Ne cligne-t-elle pas vers moi,
La nuit,
Avec sa mine oblique de séductrice?
Sois fort, mon cœur vaillant,
Sans demander : Pourquoi? –

2

Jour de ma vie!
Le soleil décline,
Déjà s’étend tout lisse
Le flot doré.
Le roc respire sa chaleur :
N’est-ce pas que le bonheur
À midi y fit sa sieste?
En verts éclairs se joue
Le bonheur sur le gouffre noir.

Jour de ma vie!
Alors vient le soir,
Déjà presque éteint
Rougeoie ton regard,
Déjà perle de ta rosée
Le ruissellement des larmes,
Déjà court en silence sur une mer pâle
La pourpre de ton amour,
Ta dernière, tremblante félicité…

3

Sérénité, ô dorée, viens,
La plus secrète, la plus douce
Préface de la mort!
Ai-je couru trop vite sur mon chemin?
Maintenant que mes pieds sont las,
Ton regard me rejoint encore,
Ton bonheur me rejoint encore.

Autour de moi rien que jeux de vagues,
Tout le pesant d’autrefois
Sombra dans le bleu d’oubli.
Oisive flotte ma barque,
Traverse et tempête, que vous êtes oubliées!
Espoirs et désirs sont noyés,
Lisse mon âme, lisse la mer –

Ô septième solitude!
Jamais plus proche ne fut
La douce certitude,
Plus tiède le regard du soleil –
Ne luit-elle pas encore, la glace de mes cimes?
Légère et d’argent, un vrai poisson,
Ma nacelle à présent nage dans l’espace…

(Friedrich Nietzsche, Poèmes 1858-1888, Dithyrambes pour Dionysos)

2 mars 2011

Gainsbourg : je suis venu vous dire (02.04.1928 - 02.03.1991)



Melody Nelson
: ''Alors y'a un connard de producteur qui me dit : Qu'est-ce qu'elle dit là ? - Tu t'appelles comment ? Melody. Melody comment ? Melody Nelson. - Alors il m'dit : Mais ils vont... mais qu'elle raconte là ?'' Alors j'lui dis : ''Vous inquiétez pas, c'est marqué sur la pochette.'' (Gainsboug).

Perdue : Dolorès Haze. Signalement :
Bouche « éclatante », cheveux « noisette » ;
Age : cinq mille trois cents jours (presque quinze ans !)
Profession : « néant » (ou bien « starlette »).

Où va-t-on te chercher, Dolorès quel tapis
Magique vers quel astre t’emporte ?
Et quelle marque a-t-elle – Antilope ? Okapi ? -
La voiture qui vibre à ta porte ?

Qui est ton nouveau dieu ! Ce chansonnier bâtard,
Pince-guitare au bar Rimatane ?
Ah, les beaux soirs d’antan quand nous restions si tard
Enlacés près du feu, ma Gitane ?

Ce maudit würlitzer, Lolita, me rend fou !
Avec qui danses-tu, ma caillette ?
Toi et lui en blue jeans et maillot plein de trous,
Et moi, seul dans mon coin, qui vous guette.

Mac Fatum, vieux babouin, est bienheureux, ma foi !
Avec sa femme enfant il voyage,
Et la farfouille au frais, dans les parcs où la loi
Protège tout animal sauvage.

Lolita ! Ses yeux gris demeuraient grands ouverts
Lorsque je baisais sa bouche close.
Dites, connaissez-vous le parfum « soleils verts » ?
Tiens, vous êtes français, je suppose ?

L’autre soir, un air froid d’opéra m’alita.
Son fêlé – bien fol est qui s’y fie !
Il neige. Le décor s’écroule, Lolita !
Lolita, qu’ai-je fait de ta vie ?

C’est fini, je me meurs, ma Lolita, ma Lo !
Oui je meurs de remords et de haine,
Mais ce gros poing velu je le lève à nouveau,
A tes pieds, de nouveau, je me traîne.

Hé, l’agent ! Les voilà – rasant cette lueur
De vitrine que l’orage écrase ;
Socquettes blanches : c’est elle ! Mon pauvre coeur !
C’est bien elle, c’est Dolorès Haze.

Sergent rendez-la moi, ma Lolita, ma Lo
Aux yeux si cruels, aux lèvres si douces.
Lolita : tout au plus quarante et un kilos,
Ma Lo : haute de soixantes pouces.

Ma voiture épuisée est en piteux état,
La dernière étape est la plus dure.
Dans l’herbe d’un fossé je mourrai, Lolita,
Et tout le reste est littérature.

***
Vladimir Nabokov (1899-1977) – Lolita (1955)


''Mais quand on compare à Rimbaud... ni Nabokov, ni moi n'existons... Rimbaud, c'était un visionnaire. Nabokov n'est pas un visionnaire. [...] Le génie, c'est autre chose que le talent... Quoique le talent est en train de baiser le génie parce que c'est c'est perceptible dans l'immédiat.'' (Gainsbourg).

''Les punks, bordel... Ah, ç'a une odeur de souffre et de drogue, ça fait désordre. Désordre est le mot, ça fait destroy. Y'en a un que j'aime beaucoup et au moins, lui a assumé sa mort, c'est Sex Pistols. Voilà, c'était un jusqu'au-boutiste. C'était ça la démarche, une démarche surréaliste.'' (Gainsbourg).


Comme un boomerang est une chanson inédite, initialement écrite pour Dani et l’Eurovision 1975. La participation de la chanteuse est annulée suite à la mort de Pompidou jle 2 avril 1974. Dani accepte de se représenter l'année suivante, à la condition que Gainsbourg soit son parolier. Mais Antenne 2 juge à l'époque la chanson trop agressive : ''flingue'', ''dingue'', ''cœur exsangue''. L'Eurovision abandonne l'idée du tandem Dani-Gainsbourg. Il existe aujourd'hui plusieurs versions : une interprétée par Dani, une autre en duo (Dani et Etienne Daho) et une troisième chantée par Gainsbourg seul. A la fin des années 1990, Etienne Daho repense à ce morceau pour relancer la carrière de Dani, et la chanson est enfin connue du grand public.

''Je crois que je suis un gentil garçon, sinon j'aurais pas fait ce parcours du combattant. Parce que les jeunes, les faux-culs, ils font pas 31 ans de carrière. Ce qui me tient à coeur ce sont mes enfants. (...) Parce qu'eux, ils vont me survivre. Pas mon oeuvre - qu'est-ce que j'en ai à foutre? Faut pas être en maths sup pour comprendre que je resterai là 50 ans, bon et alors ? À 10 millions d'années-lumière ? Même les prohpètes auront changé de nom.'' (Gainsbourg)

25 févr. 2011

Про уродов и людей, Алексей Балабанов (Of Freaks and Men), Aleksei Balabanov [1999]

Le Flambeau Dans l'Oreille (21): hatchway into Bauhaus & Morrissey

Pathway (Vini Reilly, 1988) de Durutti Column est une reprise de In The Flat Fields de Bahaus. C'est d'ailleurs ce même Vini Reilly qui tient la guitare sur le premier album de Morrissey, Viva Hate.

21 févr. 2011

Caligula - Albert Camus (extrait, p. 100)

CALIGULA, toujours occupé à rougir ses ongles du pied.

Ce vernis ne vaut rien. Mais pour en revenir à la lune, c'était pendant une belle nuit d'août. (Hélicon se détourne avec dépit et se tait, immobile). Elle a fait quelques façons. J'étais déjà couché. Elle était d'abord toute sanglante, au-dessus de l'horizon. Puis elle a commencé à monter, de plus en plus légère, avec une rapidité croissante. Plus elle montait, plus elle devenait claire. Elle est devenue comme un lac d'eau laiteuse au milieu de cette nuit pleine de froissement d'étoiles. Elle est arrivée alors dans la chaleur, douce, légère et nue. Elle a franchi le seuil de la chambre et, avec sa lenteur sûre, est arrivée jusqu'à mon lit, s'y est coulée et m'a inondé de ses sourires et de son éclat.

Caligula - Albert Camus (extrait, p. 77)

LE JEUNE SCIPION, mal à l'aise, lui aussi, partagé entre sa haine et il ne sait pas quoi.
J'ai écrit des poèmes, César.

CALIGULA
Sur quoi?

LE JEUNE SCIPION
Je ne sais pas, César. Sur la nature, je crois.

CALIGULA, plus à l'aise.
Beau sujet. Et vaste. Qu'est-ce qu'elle t'a fait, la naure?

LE JEUNE SCIPION, se reprenant, d'un air ironique et mauvais.
Elle me console de n'être pas César.

20 févr. 2011

Tartarin de Tarascon - Alphonse Daudet (extrait)

Baïa le regarda un moment sans rien dire ; puis, lâchant son tuyau d'ambre, se renversa en arrière, cacha sa tête dans ses mains, et l'on ne vit plus que son cou blanc qu'un fou rire faisait danser comme un sac rempli de perles.

8 févr. 2011

5 févr. 2011

2 févr. 2011

24 janv. 2011

Black Polished Chrome (Latino Chrome)

The music was new
Black polished chrome
And came over the summer
Like liquid night.
The DJ's took pills to stay awake
And play for seven days
They went to the studio
And someone knew him
Someone knew the TV showman
He came to our homeroom party
And played records
And when he left in the hot noon sun
And walked to his car
We saw the chooks had written
F-U-C-K on his windshield
He wiped it off with a rag
And smiling cooly drove away
He's rich. Got a big car.

My gang will get you
Scenes of rape in the arroyo
Seduction in cars, abandoned buildings
Fights at the food stand
The dust
The shoes
Open shirts and raised collars
Bright sculptured hair.

Jim Morrison, An American Prayer, To Come Of Age (1971/1978).

20 janv. 2011

4 Peter Murphy : 3 vrais, 1 faux

Le monde du football regorge de Peter Murphy taquinant la balle.
Par exemple, Peter Murphy (7.03.1922 – 7.04.1975), surnommé Spud Murphy, aile-gauche au Coventry City, Tottenham Hotspur et Birmingham City. Rendu entre autre célébre par l'incident de la finale de la Coupe d'Angleterre en 1956 qui opposa Manchester City à Birmingham City : Bert Trautmann, gardien (allemand) de Manchester, se brise la nuque lors d'une chute face à Murphy... et continue de jouer la dernier quart d'heure.
Peter Michael Murphy (27.10.1980) en défense pour Carlisle United. Et puis Peter James Murphy (13.02.1990), également défenseur pour Accrington Stanley.

Et le quatrième Pete, alors ?

Peter Murphy (Bauhaus) jouant au foot.

17 janv. 2011

Lost Highway (21): van kap tot kwelder, via een Cupido zoen en een tweede slenk

De route: 30 km met terreinwagen, 17 km lopend.

Met de door Cupido's kleinkind gereden terreinwagen naar het oostelijkste punt van het eiland. De wandeling startte bij paal en hoogtepunt 29 (A). Vervolgens 17 km rechtdoor, in bijna volledig alleenzijn. Over de Cupido's polder waar het meisje om een zoen vroeg en hem ook kreeg. Over de Derk Hoekstra Stuifdijk en de oostpad naar de tweede slenk (van A tot de bocht naar het strand). Over de bunkerduin af naar het strand waar een wonderlijke wolk te bewonderen was. Het Heartbreak was bij wijze van gesloten paviljoen een onwaarschijnlijk hotel. Het laatste stuk liepen wij op de Oosterender badweg.
En rouge: 'Geulen kwelders', Boschplaat, Terschelling, Pays-Bas.

Le Boschplaat de Terschelling est un espace naturel sauvage et préservé constitué de schorres, milieux naturels à végétation basse situés en bordure haute des vasières littorales. Le mot a été emprunté au néerlandais schor qui désigne un 'terrain d'alluvions'. Ils correspondent à une partie de l'estran qui n'est recouverte qu'aux grandes marées et s'étendent de la partie supérieure de l'étage médiolittoral à la partie inférieure de l'étage supralittoral. Ils se développent en amont de la zone de vasière qui est nue en région tempérée (la slikke) ou qui est occupée par la mangrove en région tropicale.
Selon les régions, le schorre est désigné par herbu ou pré salé au bord de la Manche (les 4 000 hectares de la baie du Mont-Saint-Michel sont les plus grands schorres d'Europe d'un seul tenant), sansouïre en région méditerranéenne (Camargue), engane dans le Languedoc.
Photos: buiten-beeld.nl.

13 janv. 2011

Under Arrest


1. [28.09.1963] Archives Florida Dept of State. Morrison est arrêté au cours d'un match de football à la Florida State University. Raison non clarifiée.


2. [12.10.1967] The Surf Club, Nantasket Beach. Les Doors sont censés donner deux concerts, arrivent en retard et ne font qu'une seule performance à 20h30. L'apparition se termine au poste.
Jan Vogels, Horror...the 20th Century...the drugs...horror...the Doors, UCLA Daily Bruin, 12.10.1967: "At times during the brilliant improvisational sections to numbers, Morrison was like a conductor, a dictator gone berserk. He would thrash about attempting to zap the potent energy so abundant within him to each individual member of the group. He screamed at them, urging them onto more volume, more notes, more intricacies, more, MORE, MORE. He thundered back to his life-line microphone in time to reinstate pure human horror in the black air of the auditorium."

3. [09.12.1967] New Haven Arena, New Haven, Connecticut. Morrison est le premier artiste dans l'histoire du rock à être arrêté sur scène, pendant un concert.

4. [20.09.1970] Dade County Courthouse, Miami, Florida. Morrison est accusé d'exhibitionnisme pendant le concert donné au Dinner Key Auditorium, Coconut Grove, un an et demie plus tôt.

10 janv. 2011

Handwritten Dictionary of Words & Tupelo Video Notes

1. Handwritten Dictionary of Words, 1984, Nick Cave Collection, the Arts Centre, Melbourne.
2. Tupelo video notes, Notes for the 'Tupelo' video, 1985.
3. Handwritten lyrics for 'From Her To Eternity', released in 1984.
4. 'Loverman', drawing by Nick Cave.

7 janv. 2011

Celui qui sait tout

Argus panoptès (Πανόπτης/panóptês, "celui qui voit tout") était un géant aux cent yeux, répartis sur toute la tête ou le corps selon certains auteurs. Cinquante yeux* dormaient pendant que cinquante autres veillaient en permanence, exercant ainsi une surveillance de tous les instants et dont il était impossible de tromper la vigilance.**

* Et non pas deux yeux, comme l'indique éronnément la version d'Ovide dans ses Métamorphoses.

** Argus Filch, Squib de son état et caractère de la très fameuse Hogwarts School of Witchcraft and Wizardry. Filch est essentiellement occupé à parcourir les corridors de l'école d'Harry Potter, afin de repérer les étudiants faillant aux règles de l´école. Vigilance oblige... voilà ce qui s'appelle ne dormir que d'un oeil.


Zeus tombe sous le charme d'Io (fille d'Inachos, dieu-fleuve et de Mélia, prêtresse d'Héra). Il la poursuit, la dissimule sous un épais nuage et la viole (cf. Ovide, Métamorphoses [583]). Hera, qui pressent une nouvelle infidélité de son époux, descend de l’Olympe, dissipe le nuage et découvre, aux côtés de Zeus, une génisse blanche [610].

Rubens, Merkur et Argus (1635). Mercure étant Hermès dans la cosmogonie latine.

Devinant l'artifice, Héra obtient de son mari qu'il lui offre la génisse, et la fait garder par Argus. Io, affligée, va trouver son père. Celui-ci ne reconnaît sa fille dans la génisse blanche que lorsque celle-ci trace avec son sabot les deux lettres de son nom sur le sol [625]. Lorsqu'il comprend, il se lamente d'avoir perdu sa fille [651]. Zeus décide alors de délivrer Io, et demande à son fils Hermès de trouver un moyen de tuer le géant [668]. Déguisé en paysan, Hermès va trouver Argus et réussit à raconter une histoire suffisamment ennuyeuse pour endormir le gardien. Au moment où les yeux d'Argus se ferment, Hermès lui coupe la tête. Héra, désespérée de cette mort, prend les yeux d'Argus pour les répartir sur le plumage de son animal favori, le paon.***

*** Pour Io, l'histoire ne se termine pas là : Héra envoie contre Io un taon qui l'empêchera de s'arrêter suffisamment longtemps pour que Zeus ne pût s'emparer d'elle à nouveau. L 'insecte, s'attachant à ses flancs, rend la génisse si furieuse qu'elle se met à errer pendant des mois à travers toute la Grèce, longeant le golfe Ionien, passant le Bosphore (ou "passage de la Vache"), pour rencontrer finalement sur le mont Caucase, Prométhée, qui selon Eschyle, lui prédit un magnifique destin. De là, Io gagne l'Égypte, où, délivrée par Héra et relachée par Zeus, elle reprend forme humaine, enfante Epaphos et accède au statut de déesse que l'on identifie alors à la déesse égyptienne Isis. Après sa mort, elle est transformée en constellation.

Ovide, Métamorphoses


Io (I, 568-600)

Il est dans l'Hémonie une vallée profonde qu'entourent d'épaisses forêts; on l'appelle Tempé. C'est là que le Pénée, tombant du haut du Pinde, roule avec fracas ses flots écumeux; forme dans sa chute rapide un humide brouillard qui arrose la cime des bois environnants, et du bruit de son torrent fatigue au loin les échos. C'est là qu'est la demeure de ce fleuve puissant; c'est là que des rochers de son antre il commande à ses ondes et aux nymphes qui les habitent. Tous les fleuves voisins de cette contrée se rendent auprès de Pénée, incertains s'ils doivent le féliciter, ou le consoler de la perte de sa fille. On y voit le Sperchius, au front ceint de peupliers, l'Énipée, dont les eaux ne sont jamais tranquilles; le vieil Apidane, le paisible Amphryse, et l'Éas, et tous les autres fleuves qui, terminant enfin leur course impétueuse et vagabonde, vont reposer dans l’océan leurs flots fatigués d'un long cours.

[583] Le seul Inachus ne vint point. Caché dans sa grotte profonde, il grossissait ses flots de ses larmes. Il pleure Io, sa fille, qu'il a perdue, ignorant si elle jouit encore de la vie, ou si elle est descendue chez les morts; et comme il ne l'a trouvée nulle part, il ne peut croire qu'elle existe encore : il craint même pour elle de plus grands malheurs.

Le maître des dieux l'avait vue lorsqu'elle revenait des bords du fleuve de son père : "Ô nymphe ! avait-il dit, nymphe digne de Jupiter, quel est l'heureux mortel destiné à posséder tant de charmes ? Viens sous les ombres épaisses de ces bois (et il les lui montrait), viens, tandis que le soleil, élevé au plus haut des cieux, embrase les airs. Ne crains pas de pénétrer seule dans ces forets, retraite des bêtes farouches; un dieu t'y servira de guide et de protecteur; et ce ne sera pas un dieu vulgaire, mais celui-là même qui de sa main puissante tient le sceptre des cieux et qui lance la foudre. Arrête et ne fuis pas". Elle fuyait en effet. Elle avait déjà dépassé les pâturages de Lerne, et les champs et les arbres du Lyncée, lorsque le dieu, couvrant au loin la terre de ténèbres, arrêta la fuite de la nymphe, et triompha de sa pudeur.

Argus (I, 501-688)

Cependant Junon, abaissant ses regards sur la terre, s'étonne de voir que d'épais nuages aient changé soudain, en une nuit profonde, le jour le plus brillant. Elle reconnaît bientôt que ces brouillards ne s'élevaient point du fleuve ni du sein de la terre humide. Elle cherche de tous côtés son époux qu'elle a si souvent vu et surpris infidèle, et ne le trouvant point dans le ciel : "Ou je me trompe, dit-elle, ou je suis encore outragée"; et s’élançant du haut de l'Olympe sur la terre, elle commande aux nuages de s'éloigner.

[610] Mais Jupiter avait prévu l'arrivée de son épouse, et déjà il avait transformé en génisse argentée la fille d'Inachus. Elle est belle encore sous cette forme nouvelle : Junon, en dépit d'elle-même, admire sa beauté; mais, comme si elle eût tout ignoré, elle demande d'où elle est venue, à quel troupeau elle appartient, et quel en est le maître. Jupiter, pour mettre fin à ces questions, feint, et répond que la terre vient de l'enfanter. La fille de Saturne le prie de la lui donner. Que fera-t-il ? sera-t-il assez cruel pour livrer son amante à sa rivale ? Un refus cependant le rendra suspect. Ce que la honte lui conseille, l'amour le lui défend, et l'amour sans doute eût triomphé : mais Jupiter peut-il refuser un don si léger à sa sœur, à la compagne de son lit, sans qu'elle ne soupçonne que ce n'est pas une génisse qu'on lui refuse ? Junon, l'ayant obtenue, ne fut pas même entièrement rassurée; elle craignit Jupiter et ses artifices, jusqu'à ce qu'elle eût confié cette génisse aux soins vigilants d'Argus, fils d'Arestor.

[625] Ce monstre avait cent yeux, dont deux seulement se fermaient et sommeillaient, tandis que les autres restaient ouverts et comme en sentinelle. En quelque lieu qu'il se plaçât, il voyait toujours Io, et, quoique assis derrière elle, elle était devant ses yeux. Il la laisse paître pendant le jour; mais lorsque le soleil est descendu sous la terre, il l'enferme et passe à son col d'indignes liens. Infortunée ! elle n'a pour aliments que les feuilles des arbres et l'herbe amère; pour boisson, que l'eau bourbeuse; pour lit, que la terre souvent toute nue. Elle veut tendre à son gardien des bras suppliants, elle ne les trouve plus; elle veut se plaindre, il ne sort de sa bouche que des mugissements dont elle est épouvantée. Elle se présente aux bords de l'Inachus, jadis témoin de ses jeux innocents; à peine a-t-elle vu, dans les eaux du fleuve, sa tête et ses cornes nouvelles, elle est effrayée et se fuit elle-même. Les Naïades ignorent qui elle est; son père même, Inachus, ne peut la reconnaître. Cependant elle suit son père, elle suit ses sœurs; elle s’offre à leurs regards étonnés de sa beauté; elle se laisse caresser de la main. Le vieil Inachus arrache des herbes et les lui présente; elle lèche, elle baise les mains de son père; elle verse des larmes. Ah ! si elle avait encore l'usage de la voix, elle implorerait son secours; elle dirait et son nom et ses malheurs. Mais, au défaut de la voix, des lettres que son pied trace sur le sable apprennent au vieillard le destin déplorable de sa fille.

[651] "Malheureux que je suis ! s'écrie-t-il suspendant ses bras au cou de la génisse gémissante, père infortuné ! Est-ce donc toi que j'ai cherchée par toute la terre ? Hélas ! En ce jour je te revois et ne te retrouve pas. Ah ! j'étais moins à plaindre quand j'ignorais ton sort. Tu te tais; tu ne réponds pas à mes plaintes. Seulement de profonds soupirs s'échappent de ton sein. Tu voudrais parler, et tu ne peux que mugir. Incertain de ta destinée, j'avais préparé pour toi les flambeaux de l'hymen ; j'attendais de toi un gendre et des neveux : maintenant c'est dans un troupeau que tu dois trouver un mari et placer tes enfants. Malheureux d'être dieu ! La mort ne peut terminer mon déplorable destin : la porte du trépas m'est fermée, et ma douleur doit être éternelle comme moi."

Le monstre aux cent yeux, interrompant ces plaintes, arrache Io des bras de son père, la conduit dans d'autres pâturages, s'assied sur le sommet d'une colline, et promène autour d'elle des regards vigilants.

[668] Cependant, le maître des dieux ne peut supporter plus longtemps les malheurs de la sœur de Phoronée. Il appelle son fils Mercure, né de la plus belle des Pléiades; il lui commande de livrer Argus à la mort. Aussitôt, Mercure attache ses ailes à ses talons, couvre sa tête de son casque, arme sa main puissante du caducée qui fait naître le sommeil, et du palais de Jupiter, il descend rapidement sur la terre. Il dépose, à l'écart, et son casque et ses ailes; il ne retient que le caducée, dont il se sert, comme un berger de sa houlette, pour rassembler un troupeau de chèvres qu'il a dérobées dans les champs, et qu'il conduit en jouant du chalumeau.

[678] Séduit par l'harmonie de cet instrument nouveau, "Qui que tu sois, dit le gardien préposé par Junon, tu peux t'asseoir, avec, moi, sur cette roche : tu chercherais vainement un meilleur pâturage pour tes chèvres, et cet ombrage frais, tu le vois, invite le pasteur."

Le petit-fils d'Atlas s'assied, et d'abord, par de longs discours, il semble arrêter le jour qui s'écoule; ensuite, par les accords lents de la flûte, il veut endormir Argus. Cependant le monstre combat le doux sommeil, et quoiqu'une partie de ses yeux en soit vaincue, l'autre veillant encore, il demande quel art a fait naître la flûte nouvellement inventée.

5 janv. 2011

Robert Crumb's portrait of chick rock star prior to acquiring fetishistic bass guitar

The artist's model admiring her own beauty as reflected in the mirror - that soulful dark beauty which none since time immemorial have idealized.

2 janv. 2011

De slaapkamer in Arlesmsterdam

De slaapkamer in Arles, reproduction de Van Gogh sur une ckoison de chantier. Amsterdam, Kinkerstraat 28.10.2007.