9 mars 2014

Queyras en ski de fond (3): Molines-en-Queyras, La Chalp et vallée des Aigues

Le lendemain, le ciel se dégage et ce ne sera ensuite plus que du soleil et du bleu Queyras toute la semaine. Il est retombé 25 cm de neige pendant la nuit. La montagne est recouverte d'un manteau d'1m à 1,5m à certains endroits. D'épaisses couches se sont accumulées sur la rambarde du balcon. Au loin, la Rochebrune se teinte de bleu et de gris.
Mardi 04/03/2014, 7h au réveil. Depuis ma fenêtre :


Nous rejoignons Molines en bus. En route, c'est l'occasion d'apercevoir des cheminées de fée ou demoiselles coiffées - grandes colonnes naturelles dues à l'érosion et coiffée d'un chapeau, typiques de la région. Dans un hameau du coin, de magnifiques sorbiers des oiseleurs sont chargés de neige.


Départ en skis de la petite station du village, avec une montée assez rude pour commencer. On enchaîne ensuite sur les pistes damées.













Dans l'après-midi, direction La Chalp pour faire la vallées des Aigues.













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Queyras en ski de fond (2): Balcons et Canal de Prat-Haut

Dans la nuit est tombée une nouvelle couche de neige de 20 cm. Le lendemain, on découvre une purée de pois à couper au couteau : nous sommes entourés de gros glaçons et stalactites.
Lundi 03/03/2014, 7h15, au réveil :



Nous partons quand même, pour une petite mise en jambe (et une cheville cassée pour les plus malheureux...) dans le coin, sous la neige qui continue à tomber : boucle de 6km en piste bleue et piste rouge, le long du ruisseau. L'après-midi sera consacrée à une sortie dans les sous-bois. Peu de photos de cette journée-là et quasiment aucune du passage en forêt car la neige ne cessant de tomber, l'appareil est resté blotti au fond du sac. Pourtant l'une des plus belles randos de la semaine : forêt, sous-bois, neige jusqu'à mi-mollet, sapins et mélèze poudrés de blanc, cascades de glace féériques, ruisseaux figés et teinte irisées dans un silence merveilleux.







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Queyras en ski de fond (1): Prat-Haut

Début mars, dans le Queyras. Ce petit paradis traversé par le Guil se compose de huit communes : Arvieux, Abriès, Aiguilles, Ceillac, Château-Ville-Vieille, Molines-en-Queyras, Ristolas et Saint-Véran. Basée à Prat-Haut, un minuscule lieu-dit près de Guillestre-Montdauphin, pour une semaine de ski de fond qui promettait de la neige en quantité, sous un ciel bleu roi. Au programme : des sorties en ski à la journée, des vallées perdues, des cols haut perchés, du silence, des payages majestueux. Le Queyras, c'est la haute-montagne sous la lumière de la Provence. La région est délimitée au nord et à l'est par la frontière avec l'Italie, à laquelle on accède depuis le sommet du Grand Glaiza par le col Agnel. Il longe ensuite la crête marquant le bassin versant de l'Ubaye jusqu'à la Mortice pour remonter ensuite vers Guillestre, dans la basse vallée du Guil qui constitue la principale ouverture naturelle sur le Queyras. Depuis Guillestre, la limite suit la crête Nord, séparant la vallée d'Arvieux de la Durance. Elle prend ensuite une direction nord-est jusqu'au col de l'Izoard, passage mythique du tour de France cycliste. À 2 361 m d'altitude, il est, depuis le Briançonnais, la porte du Queyras. La région se termine par la ligne de crête séparant la vallée des Fonts au nord et passant par le Pic de Rochebrune, jusqu'à la frontière italienne. Point culminant ? Le Pic de la Font Sancte, le sommet du mont Viso se trouvant officiellement dans le Piémont italien.
Marseille-Montdauphin-Guillestre en TER, et le temps d'admirer par la fenêtre les Alpes-de-Haute-Provence et les Basse-Alpes. Le spectacle fait plonger dans des paysages et des couleurs d'enfance. Le gros bouquin amené est vite délaissé. Gardanne, Septèmes-les-Vallons, Aix, Manosque, La Brillanne-Oraison, Sisteron. À la sortie de Sisteron, la ligne quitte la Durance pour longer son affluent, le Buëch, et entrer dans les Hautes-Alpes. Veynes, Gap. À Freissinouse, on amorce la descente sur la cuvette de Gap. Sur cette section – 220 mètres de dénivelé et 17 km de rails –, les rames tractées nécessitent une double traction. Puis, c'est la traversée de la vallée de l'Ubaye, avec, en point d'orgue, le magnifique lac de Serre-Ponçon.
Prochain arrêt Montdauphin-Guillestre, annonce le haut-parleur. Le train, lui, continue vers L'Argentière-les-Écrins et Briançon. Sous un soleil provençal radieux, il y a plus d'un mètre de neige accumulée dans les vallées et les montagnes. Après un ramassage à la gare et une montée en mini-bus vers Prat-Haut, on arrive à destination.
Prat-Haut, un bout du monde...

...le chalet...

... et la vue depuis ma fenêtre :



Passage de nuages

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7 mars 2014

Edmonde Charles-Roux, Un désir d'Orient : Jeunesse d'Isabelle Eberhardt, p. 294

Rien de plus singulier que ces éclatantes vérités qui commencent par sourdre lentement avant de se révéler non point le jour même, ni dans l'année qui suit, mais plus tard, très tard, et se font alors si vives que l'on n'entend plus qu'elles.

Edmonde Charles-Roux, Un désir d'Orient : Jeunesse d'Isabelle Eberhardt, p. 163

Il y a sans doute dans son refus de l'anecdocte une part de réaction contre la déliquescence plastique de l'imagerie orientaliste, mais il y a aussi chez cette jeune femme le rare courage de s'en tenir à la réalité brute et de se fondre en elle. La leçon de Fromentin1 avait porté ses fruits : ''ne rien grandir à plaisir'', se tenir toujours ''dans la mesure des choses''.

1 Eugène Fromentin, Carnets de voyage en Egypte

18 févr. 2014

Isabelle Eberhardt alias Si Mahmoud Saadi

"Elle était ce qui m’attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu'un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l’oiseau dans l’espace, quel régal ! [...] J'aimais ce prodigieux tempérament d'artiste, et aussi tout ce qui en elle faisait tressauter les notaires, les caporaux, les mandarins de tout poils."

... disait d'Isabelle Eberhardt Hubert Lyaute, officier pendant les guerres coloniales, premier résident général du protectorat français au Maroc en 1912, ministre de la Guerre lors de la Première Guerre mondiale, puis maréchal de France en 1921. Dont la devise, emprunté à Shelley, était : "La joie de l'âme est dans l'action." et qui aurait servi de modèle au baron de Charlus, le célèbre personnage d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Cf. Christian Gury, Lyautey-Charlus.

13 févr. 2014

Basse-cour intersidérale

Jusqu'à mes cinq ans, je dessinais le même dessin : dans une prairie, un cochon, rose et jovial, se tenant devant son chevalet et peignant un canard noir. Le canard dessiné par le cochon aussi était artiste : posté devant son chevalet, il peignait un cochon. Dans le dessin de l'artiste, le cochon à la gouache maniait aussi le pinceau et son motif préféré, un canard. Le dessin était fini quand les figurines devenaient si minuscules qu'on ne distinguait plus ni cochon, ni canard. Le peintre ne pouvait plus peindre, et le motif peint non plus.
Ma grand-mère trouvait le dessin intéressant.
Pour mes huit ans, je m'attelai à une œuvre titanesque représentant le cosmos : 30 feuilles A4 noircies, formant un tout. Sur la première feuille, on pouvait encore apercevoir une arcade bleutée. Sur la dernière feuille volait une fusée vers l'horizon assombri. Quelques jours plus tard, le dessin était terminé et comportait deux feuilles de moins.
Ma grand-mère trouvait aussi ce dessin intéressant.

24 janv. 2014

Le goût des Pays-Bas (23): saveurs des Wadden

Des moutardes, des sirops et des vinaigres d'abord, les Wadden se faisant une spécialité de l'argousier (duindoorn), de l'aster maritime (lamsoren), de la baie de sureau (vlierbes) et de la salicorne (zeekraal). Des arômes marins, on sent les embruns et la mer... Les moutardes ne sont pas très fortes.
Des fromages fermiers au lait de vache ou de chèvre, ensuite. Ils ne changent pas tellement des fromages que l'on trouve dans le reste du pays, on est dans les pâtes dures. On retrouve des accords particuliers, comme par exemple la variante à l'aster.
Et puis des bières, avec la fameuse Texels qui se décline en plusieurs variantes : skuumkoppe, bock, dubbel, etc., et la découverte de la goudkoppe. Une blonde, très houblonnée et pourtant très fraîche. Une très belle saveur. Admirer le petit phare qui orne l'étiquette : un détail charmant qui contribue à l'unicité de la marque et du goût.

21 janv. 2014

Wagner, selon Louis Couperus in De boeken der kleine zielen

Je moet niet denken dat ik onvoorwaardelijk een Wagner-vereerder ben. Zijn muziek is heerlijk; zijn poezie is naïf, kinderlijk en slecht ; zijn filosofie is hoogstgebrekkig en erg vaag Duits... Bewijzen, wil je? Bewijzen... Neem Rheingold... wat een goden, zonder reine kracht of reine pit in hun gemene dievenzielen, hun inbrekerszielen vol vuiligheid. Is dat het begin van de wereld... Neen, een wereldbegin is reiner... En zo kinderlijk  naïf... de wereldschat, het goud, het zuivere goud bewaakt door drie vuile Nixen, met haren vol zeewier, en die dadelijk, als ze een dwerg zien, gaan ginnegappen en gekheid maken... Zijn dat bewaakksters van het reine goud? Maar de muziek alléén, de klankreinheid... o in de klankreinheid is hij een meerster...

'Paul', De boeken der kleine zielen, Louis Couperus, p. 621. P.N. van Kampen & Zoon n.v., Amsterdam

20 janv. 2014

Le goût des Pays-Bas (22): gestoomde makreel vs. gerookte makreel

On se posait récemment la question de savoir quelle était l'exacte différence entre le gestoomde makreel (maquereau à l'étouffée) et le gerookte makreel (maquereau fumé). Car lorsque l'on mange du gestoomde makreel, on se rend compte qu'il a un goût fumé lui aussi. Alors ?

Il s'agit d'une différence dans la technique de fumage : un fumage à froid et un fumage à chaud. Le gestoomde makreel est un maquereau préparé lors d'un fumage à chaud, à une température d'environ 70°C. C'est également le procédé que l'on utilise pour l'anguille (par exemple, d'Enkhuizen). Lors du fumage à chaud, le maquereau est fumé, et par la même occsaion "cuit" par la vapeur produite. Le gerookte makreel, quand à lui, est fumé à froid, à une température ne dépassant pas les 25 à 30°C. La viande n'est donc pas cuite comme pour le gestoomde makreel, mais simplement assèchée. Il s'agit de la même technique que celle utilisée, par exemple, pour le saumon fumé.

Les maquereaux que l'on trouve dans le commerce sont essentiellement du gestoomde makreel. Le maquereau fumé est beaucoup plus difficile à obtenir. Mais si vous souhaitez goûter la différence, commandez du bokking, préparé selon les deux techniques chez n'importe quel poissonnier.

2 janv. 2014

Kaputt - Questionnement sur l'étymologie du mot proposée par Curzio Malaparte

Dans Kaputt (1943), son roman éponyme, Malaparte donne l'étymologie du mot allemand kaputt comme étant un terme hébreu ou plus exactement yiddish : kaparôt, qui signigie à la fois "offrande, offrande expiatoire, sacrifice", éventuellement "victime sacrifiée", mais aussi – intéressant rapprochement – "réconciliation".
Le terme est effectivement en rapport avec l'expression yiddisch shlogn kapores, une cérémonie traditionnelle du Yom Kippur (Jour du Grand Pardon), consistant à offrir en sacrifice un poulet que l'on faisait tourner vivant au-dessus de sa tête en récitant une prière : "Voici mon double, voici mon remplaçant, voici mon expiation. Puisse cette poule ou ce coq aller jusqu’à la mort pendant que je m’engagerai et continuerai une vie heureuse, longue et paisible." Le poulet se chargeait alors des fautes de celui qui prie. Par ailleur, "coq" en hébreu se dit gever, qui peut aussi vouloir dire "homme". D'autres expressions yiddisch en rapport avec le terme kaparôt : zayn di kapore far (aimer quelqu'un au point d'être prêt à se sacrifier pour lui), shlogn kapores mit (rabaisser, abuser d'une personne), darfn af kapores (n'en avoir aucun usage). Le jour du Yom Kippur, après la prière, on abattait les poulets. Autrefois populaire, cette cérémonie n'est aujourd’hui pratiquée que dans les milieux du judaïsme hassidique.
En yiddisch: shlogn kapores, qui a donné en allemand kapores geschlagen, reapparaît en argot moderne sous la forme de kapores machen qui ignifie alors "abbattre, tabasser à mort, mater".1
Ce mot, connu et reconnu aujourd'hui comme étant typiquement allemand, a été emprunté et repris dans différentes autres langues modernes à partir de l'allemand. L'internationalisation du terme est probablement dû à sa charge historique et à sa sonorité particulière. En anglais, on retrouve la variante orthographique kaput, en néerlandais on dit kapot. C'est après la seconde guerre mondiale et la prise de Berlin par l'Armée Rouge que le terme devient fameux avec l'expression rigolarde "Hitler kaputt". En allemand populaire, la signification moderne du terme reste très proche de son origine : "épuisé, cassé, claqué, crevé, vanné, fichu, foutu, etc." (physiquement et psychiquement).
Et pourtant, l'étymologie du mot allemand est loin de faire l'unanimité comme le laisse à penser Malaparte, même si l'origine yiddisch est largement reçue par la communauté linguistique.
En allemand, aucune base verbale n'est connue. Le terme est documenté depuis la Guerre de Trente Ans et apparaît dans les jeux de cartes de l'époque. On utilisait cette expression quand toutes les passes précédentes étaient perdues (on était donc „fichu“ pour la partie).
En terme d'interprétation, c'est probablement du côté du capot français qu'il faut chercher. Le même terme est justement connu dans les jeux de carte aussi (faire capot > kaputt machen – ne laisser aucune levée à faire à son adversaire, être capot – n’avoir fait aucune levée). Le terme français capot viendrait du verbe capoter – un vocable maritime désignant une protection sur la partie avant des bateaux2 et dérivé lui-même de cape + suffixe -ot. Le terme maritime faire capot qui signifie "se retourner, chavirer, capoter" a probablement la même origine (17ème siècle). Aujourd'hui encore, capoter signifie bien "aller mal, se détériorer, être mal en point". Il est possible que capoter ait été un nouvel emprunt à l'allemand après que cette langue a emprunté le terme capot au français et plaqué la signification du substantif sur le verbe.
En latin, caput signifie "tête, "chef". Il est envisagebale que le terme de kaputt n'ait pas été emprunté au français, mais au latin ecclésiastique. Cependant, non pas dans son acceptation traditionnelle ("tête"), mais à partir de l'expression caput esse ("devenir/être inutile, inutilisable"). Là encore, on se demande dans quelle mesure l'expression allemande (juridique) wieder am Kopf nehmen qui signifie "tout recommencer" ne serait pas elle aussi en rapport avec l'expresion latine, dans un glissement de sens de l'expression vers le terme originel ("Kopf/tête").
1 Duden – Herkunftswörterbuch, page 390f, entrée kapores.
2 Si vous vous demandiez pourquoi les voitures ont des capots, vous avez la réponse.