13 sept. 2026

De la littérature et des mystères de l'âme humaine

J'avais trouvé dans la bibliothèque de Nachman une histoire de la littérature mondiale, que j'avais lue en totalité, et annotée. Ensuite, méthodiquement, j'avais sélectionné les ouvrages anglais, russes, allemands, français, qui me paraissaient les plus importants. Ce fut une métamorphose. Retranché de la vie, je continuais pourtant d'en éprouver tous les sentiments exacerbés eoncore par l'immobilité et les médicaments. J'étais envoûté par Anna Karenine, fasciné par le jeune Werther, amoureux de la Sanseverina, fraternel avec Julien Sorel et, par-dessus tout, profondément heurté par le "être ou ne pas être" de Hamlet. Je ne sais pas si j'étais plus choqué par Mme Bovary, que par les moeurs de son temps, contre lesquelles elles se débattait.
Jusque-là, ma conception de l'existence avait été essentiellement concrète : comment accroître mon aptitude à faire mon chemin dans le monde. Les horizons infinis, qu'ouvraient pour moi les analystes les plus subtils de la psychologie humaine, modifièrent mon optique. La réussite ne signifiait pas nécesserement le bonheur ; un échec ne condamnait pas au désespoir. Tout était plus nuancé, voire paradoxal. Les mystères de l'âme humaine, les pièges et les splendeurs de la vie...
Mon Dieu, malgré tout ce que j'avais vécu, je ne savais toujours pas ce dont la vie était faite. Les écrivains m'exposaient tous les ressorts, sans rien d'autre que leur plume.
Samuel Pisar, Le sang de l'espoir, 2ème partie La rédemption : la souffrance imméritée est redemptrice (Martin Luther-King), page 141.

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